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vendredi, 29 février 2008

Le courage

Dans son maître livre - ethique à Nicomaque - Aristote évoque le courage et il nous demande de "commencer" par lui. Le courage est la première vertu qu'il étudie. Ce n'est pas par  hasard. Il commence par lui pour terminer par l'amitié. Pas de cité éthique sans  une cité dans laquelle les citoyens peuvent  agir courageusement. Qu'est ce que le courage pour lui ?

Ce n'est pas la témérité....L'homme courageux délibère et il agit toujours en vue du bien. Il doit être différencié du "pleutre" et du "téméraire". L'homme courageux pense uniquement à ce qui est bien mais il réfléchit avant d'agir. Une société qui met en avant nécessairement le souci de sécurité. Ne peut favoriser le courage. Mais dans le meme temps une société qui ne permet pas aux meilleurs d'exprimer leurs qualité ne leur permet pas d'exercer et de faire en sorte que leur courage devienne une réalité.

En effet pour notre auteur, toutes les vertus sont des "secondes natures", des "hexis" ou "dispositions"...Elles supposent réflexion mais aussi des lieux pour permettre que l'on s'exerce et que l'on oeuvre et que l'on mette à l'oeuvre les dites qualités.

Rien ne sert d'être courageux en puissance, nous dit Aristote, si la cité ne nous permet pas de l'exercer en acte....C'est en faisant des actions courageuses qu'on le devient. Le "bon politique" doit donc faire en sorte de permettre l'épanouissement de cette qualité. Il doit permettre à ceux qui sont le mieux disposés en ce domaine de "développer" ce qui est en "puissance" (dunamis) chez eux...En sommes nous loin ?

Depuis le philosophe Hayek le libéralisme politique glorifie l'argent. Il n'en a pas toujours été ainsi...Nous voici donc face à deux extrêmes : d'un coté ceux qui glorifient la sécurité à tout prix et veulent que tout mérite s'évalue à l'ancienneté, à la durée (il faut tenir pour être récompensé. Cela est le contraire du courage et ne facilite pas celui-ci mais plutot la solution de se taire et de laisser dire et faire) et de l'autre ceux qui glorifient l'argent...Là aussi ceux là ne favorisent pas le développement du courage car à ne penser qu'à l'argent on en finit par oubiler ce qui est bien....

Quant pourrons nous enfin trouver ce juste milieu ? Lorsque nous y parviendrons (et non pas façon molle mais dans l'énergie et le souci de soi et des autres), nous pourrons peut-être alors bâtir une cité digne de ce nom...

   

 

jeudi, 28 février 2008

De l’alliance éthique

 

Dans un de ses derniers livres (Vaincre ses peurs, édition Odile Jacob), Luc Ferry a mis en évidence le fait que le philosophie devait prendre la place de la religion et de la psychanalyse afin de permettre le salut de l’homme sans Dieu.
Cette vision est intéressante. Cependant elle me paraît, par trop marquée par l’idée qu’il faut voir de manière séparée : religion, psychanalyse et philosophie.
Ces « modes » du penser ne s’opposent pas nécessairement. Chacune est liée à l’autre et l’histoire de la pensée le prouve. Si Freud a pensé sa métapsychologie et son inconscient c’est à la fois  pour renouer avec la religion qui tenait que le rêve pouvait instruire et en même temps pour « critiquer » celle-ci car c’est le Surmoi - et non pas Dieu- qui se libérait en parlant aux hommes dans leur sommeil pour l‘auteur de l‘introduction à la psychanalyse.
De même , le dit Freud a-t-il également mis en évidence l’importance de l’inconscient pour critiquer les Lumières et notamment Locke (essai sur l’entendement humain) qui soutenait que les rêveurs ne pensaient pas.
Freud fut donc à la fois le continuateur et le pourfendeur de la philosophie des Lumières. Il ne peut même se penser sans faire référence aux  petites perceptions Leibniziennes et ces petites perceptions ne sont pas étrangères à la conception « divine«  que ledit Leibniz avait du monde…Des ponts existent donc entre les différentes formes de savoir que Ferry parait vouloir opposer pour des raisons qui m‘échappent (mais sans doute l‘ai-je mal compris).
En tout état de cause, sans vouloir nécessairement faire acte d’opposition envers cet auteur brillant - au demeurant - il me paraît qu’une grande philosophie peut naître le jour où précisément des  ponts peuvent se construire et s’élaborer entre les différentes formes de savoir, les époques et les aspirations par son intermédiaire.
La philosophie en effet, a pour tâche de bâtir la cité « virtuelle », la cité des idées…Une fois celle-ci construite, elle facilite l’élaboration de la cité réelle dans nos vies et dans nos quartiers…Le champs de la philosophie est plus étendu que la simple domination des peurs. Mais la victoire sur la peur est un premier pas, j’en conviens. Elle est un préalable. C’est peut-être de ce préalable là dont Luc Ferry voulait nous entretenir. Quoi qu’il en soit, selon moi, une grande philosophie se crée lorsqu’elle parvient à nouer des alliances « éthiques ». Est telle celle qui permet l’échange fructueux et enrichissant, en réciprocité, avec son partenaire dans la plus absolue des fidélité et dans l’amitié. L’alliance de ce type est  effectivement impossible lorsque la confiance entre les individus est absente…La confiance ne peut advenir entre personnes qui ont peur. La victoire sur la peur est donc un préalable (une propédeutique aurait dit Hegel). Toutefois, il faut tenter d’aller plus  loin et construire des routes, des ponts, des maisons communes dans et par le monde des idées et faire en sorte ensuite que ces idées deviennent réalités par le truchement de pensées plus pratiques qui doivent faire partie intégrante de la dite philosophie. Telle doit être la « mission » d’une pensée qui veut « agir » sur le « réel » . Certes une bonne partie de notre société est construite sur la peur et c'est à cette dé-construction là, à cette force là que Ferry propose de s'attaquer prioritairement. En ce sens, il pointe effectivement une réalité dont je m'étais également fait le porte parole...La réalité de la peur omniprésente et qui envahit nos consciences mêmes...Mais ne nous arretons pas en si bon chemin et réfléchissons plus encore à ce que devrait être la juste philosophie dans ce monde dominé par la peur...précisément.

mercredi, 27 février 2008

De l’importance de l’idée pour la pensée et le dialogue


L’idée n’ est  pas toujours pensée. En fait une idée n’est rien d’autre, selon moi, qu’une proposition affirmative ou négative qui est appuyée par des justifications et des preuves de nos justifications. Exemple d’idée : je pense qu’il vaut mieux parler que se taire car parler permet de libérer l’esprit et d’échanger, de rencontrer l’autre et cette rencontre est toujours enrichissante.
Il ne peut y avoir de pensée sans idée. Curieusement, en effet, notre esprit est constitué de telle manière que lorsque nous écoutons la « thèse » d’un tiers nous faisons en sorte de vouloir « réagir ». La pensée « surgit » alors lorsque cette réaction s’opère.
Evidemment toutes les « réactions » ne sont pas des idées. Seules celles qui "donnent" à un moment à "penser" peuvent être appelée "idées". L'idée est donc une "affirmation" qui doit susciter le recul, la "re-construction" de ce qui est, sa représentation, etc...Bref tout ce qui s'ordonne autour du "penser".
Donc pour qu’il y ait une idée, il faut qu’il y ait une thèse, quelque chose qui « soutienne » ce qui est affirmé. Alors la discussion peut s’engager car d’une part nous sommes en présence d’un élément « concret » :’l’idée et nous avons des « justifications » qui nous permettent également d’entrer en discussion.
La difficulté est que souvent, certaines idées heurtent. Mon « idée » est cependant que plus une société est « ouverte », plus elle est capable d’entendre le plus d’idées possibles. Or une société ne peut « s’ouvrir » que si elle a été mise en mesure d’être capable « d’ entendre » le plus grand nombre d’idées variées possible sans se heurter. Comment une telle société se "crée-t-elle  ?". Cette réflexion devrait être un des axes de reflexion majeure de nos politiques et du politique, pris au "sens" vrai du terme, c'est à dire, pris au sens de ce "savoir" ou cet "art" qui construit la cité et tient compte de celle-ci dans sa réalité culturelle, histoirique et sociologique...

vendredi, 15 février 2008

Les modernes et la sociabilité

Les modernes et la sociabilité

Qui lira les Lumières sera surpris de trouver chez eux des atteintes continuelles à l’idée de société à laquelle pourtant Aristote était attaché.
En effet pour Aristote l’homme était un être essentiellement social. C’est- à-dire qu’il ne pouvait vivre sans société, sans communauté, sans groupe.
Hobbes a au contraire fait de lui un loup pour ses semblables dont il fallait impérativement se protéger. Quant à Rousseau, pourtant si opposé à Hobbes en bien des points, voici ce qu’il écrivait  :
«  Me voici donc seul sur terre, n’ayant plus de frère, de prochain, d’ami, de société que moi-même. Le plus sociable et le plus aimant des humain en a été proscrit par un accord unanime. Ils ont cherché dans les raffinements de leur haine quel tourment pouvait être le plus cruel à mon âme sensible et ils ont brisé violemment tous les liens qui m’attachaient à eux. J’aurais aimé les hommes en dépit d’eux-mêmes…Les voilà donc étrangers, inconnus, nuls enfin pour moi puisqu’ils l’ont voulu. Mais moi, détaché d’eux et de tout que suis-je moi-même ? Voilà ce qui me reste à chercher. » Rêveries du promeneur solitaire, Première promenade. Ed  Gallimard 1972 p 35

Dans la deuxième promenade; après avoir indiqué que ses amis s’étaient tous joués de lui, il notait plus sérieusement : « Je ne bornais pas ma réforme aux choses extérieures, je senti que celle-même en exigeait une autre, plus pénible sans doute mais plus nécessaire dans les opinions et résolu de n’en pas faire à deux fois, j‘entrepris de soumettre mon intérieur à un examen sévère qui le réglat pour le reste de ma vie tel que voulais le trouver à ma mort….C’est de cette époque que je puis dater mon entier renoncement au monde et ce goût vif pour la solitude qui ne m’a plus quitté depuis ce temps là » p 61 

Dans  son  discours sur l’inégalité c’est à la société qu’il attribue la naissance de celle-ci et du malheur des hommes. Il ne faut pas attribuer cette lubie à une paranoïa de Rousseau. Tout ceci a bien son origine dans un refus de la société que les modernes nous ont légué pour donner le repli individualiste que nous connaissons et qui a trouvé son épanouissement dans notre épicurisme de bon ton;Le Probleme de cet épicurisme est qu’il a crée une solitude des individus, des villes inhumaines, des autoroutes, du tourisme qui consiste à passer par les villes et les autres sans même les croiser;

Nous devrions sincèrement nous reposer la question et nous demander s’il ne faudrait pas repenser notre politique en faisant en sorte que celle-ci puisse enfin recréer du lien dans la société, permettre à ceux qui sont isolés de ne pas l’être, aider les hommes à se rencontrer.
La question est : pourquoi le fait- elle si peu ? N’y sommes nous pas pour quelque chose ?

mercredi, 06 février 2008

Définir le droit



 Aujourd’hui la philosophie politique contemporaine s’intéresse à l’idée de justice. Je pense que c’est du côté du droit qu’il faut plutôt faire des recherches. Il faut se demander ce qu’est le droit.
Voici ce qu’écrivait Kant sur le sujet


métaphysique des moeurs Doctrine du droit  Introduction B

" Qu'est ce que le droit, la question pourrait bien plonger le jurisconsulte dans l'embarras s'il ne veut pas tomber dans la tautologie....Ce qui est de droit -qui sit Juris ?- c'est à dire ce que les lois disent ou ont dit en un certain lieu et en certain temps, sans doute peut-il l'indiquer mais savoir si ce qu'elles voulaient êtait en outre juste et quel est le critère universel auquel on peut en général reconnaitre aussi bien l'injustce que le juste cela lui reste bel et bien dissimulé s'il ne laisse pas de coté pour un temps ses principes empiriques et ne cherche pas la source de ses jugements  dans la simple raison...Une doctrine uniquement empirique du droit...est une tête qui peut être belle mais dont il est implement domage qu'elle ne possède point de cervelle".


L’attaque est rude. Mais elle signifie surtout qu’il ne faut pas se contenter de savoir ce que disent les lois, les jugements, pour définir le droit.
Il faut définir, pour Kant, le droit à partir de l’expérience et de la raison. Kant propose alors de distinguer le droit de la morale et de lui donner pour mission de faire vivre la liberté.
Selon moi il faut revenir sur ce projet. En effet le droit doit au contraire ce qui doit permettre d’accomplir l’ethique (non pas la morale) et avoir pour ambition ainsi de permettre non pas seulement la liberté mais le bonheur qui contient l’autarcie plus que la liberté et passe par l‘éthique comme Aristote l‘a bien marqué dans l‘Ethique à Nicomaque.  
  En consquence la politique ne doit pas asservir le droit mais le servir. La Politique, dans cette optique, est l'art qui tient compte des  contingences du moment afin de faire vivre  le droit  pour les individus et les familles de la cité.

 
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