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mardi, 29 avril 2008

Sur la séparation des savoirs…Autre et formidable remarque de B. Constant..


« Il y a des époques de l’histoire où l’homme paraît jouir de la plénitude de ses facultés. Il les applique avec un égal succés à toutes les situations dans lesquelles il se trouve. Les arts, les talents ne sont pas des sphères tellement séparées qu’il lui soit interdit de passer de l’une à l’autre. ..Quand la liberté n’existe pas, l’espèce humaine prend une autre face. Une sorte de division de castes s’introduit dans l’intelligence, comme dans l’organisation matérielle de l’état social. Chacun, perdant de vue le but général, l’utilité publique, et se refermant dans on intérêt se consacre à la profession qui semble lui promettre des succès plus certains et plus faciles. L’écrivain s’abstient d’agir, le guerrier de penser, l’homme d’état d’écrire. Il en résulte une absence d’idées générales et un perfectionement de détail sur lequel le despotisme s’extasie et que les collaborateurs subalternes du despotisme dans la hiérarchie de la bassesse dont-ils se distribuent les degrés, célèbrent à l’envi comme une admirable découverte. Que le paysan laboure, que le fabricant fabrique, que la femme file, que le prêtre plasmodie, que le soldat tire des coups de fusils; que chacun enfin fasse son métier, est la devise du pouvoir, lorsque le pouvoir veut opprimer les hommes. Ainsi, chaque faculté, restreinte et mutilée, est attachée à une opération mécanique, comme ces animaux condamnés pour toujours  à un travail circulaire et qu’on tient dans les ténèbres pour qu’ils ne voient pas ce qui se passe autour d’eux. En agissant ainsi, le pouvoir absolu sait bien ce qu’il fait. Morcelé de la sorte l’homme ne se défend plus. Il n’y a plus que des instruments, entre lesquels aucune correspondance commune n’existe et qui suivent passivement l’impulsion partielle que la main de l’autorité leur imprime…Heureusement des génies supérieurs, parcourant l’espace comme des comètes excentriques, et violant les règles dérangeaient de temps à autre cette symétrie égyptienne malgré les efforts et la désapprobation des hommes d’état qui leur criaient sans cesse : de quoi vous mêlez vous, ce ne sont pas vos affaires ? La révolution a éclaté et, de quelques désastres que la témérité de l’Europe et notre propre imprudence l’aient accompagnées, elle a eu cet important avantage que sa violence même a rompu les compartiments factices, au moyen desquels on parquait les hommes pour les gouverner. L’immense majorité de la nation a senti que non seulement elle avait le droit de parvenir à tout mais qu’elle possédait aussi les facultés nécessaires pour que le fait consacrât le droit….Cette tendance à ne pas se renfermer exclusivement dans une sphère est à diriger sa raison sur tous les objets auxquels la raison est applicable se fait remarquer encore aujourd’hui…  »    

Benjamin Constant. Recueil d’articles. Le mercure,la minerve et la renommée. Introd. E. Hapraz Ed. Droz. Genève 1972 p 494 à 497

lundi, 28 avril 2008

Citation


Autre belle citation du (grand et trop méconnu) Benjamin Constant. Il nous rappelle le lien qui existe entre le pouvoir absolu et l’agitation perpétuelle des princes dans les monarchies absolues. Le monarque absolu est toujours obligé d’être partout pour éteindre continuellement les feux que l’insolence des subalternes ne cesse d’allumer du fait du sentiment d‘impunité que l‘on n’a cessé de faire naître dans leur esprit en leur rappelant que la liberté et la justice n‘étaient rien. Seulement chacun réclament au fond de lui cette justice et cette liberté qui sont niés l'une et l'autre par le cynisme qui règen dans les monarchies absolues...C'est cet écart entre les demandes et la manière dont celles ci sont traitées qui crée la tension que l'agitation du monarque absolue doit continuellement défaire, dépressuriser par ses actions de grâce…Mais lisons ce merveilleux analyste, il écrit :

« Dans une monarchie absolue.. l’arbitraire est un état habituel. C’est la condition nécessaire de l’institution. Ce qui le prouve c’est que l’une des qualités qu’on vante alors le plus dans les princes c’est l’activité. Sans doute, quand l’autorité est arbitraire il est bon que le pouvoir suprême qui ne profite point, comme ses agents des injustices de détail, soit toujours en mouvement pour les réprimer; Les gouvernés2b9c8177d135d861bb59e578935b642e.jpg n’ont que lui pour protecteur,que sa surveillance pour sauvegarde. S’il s’endort un instant, les subalternes redoublent de vexations et d’iniquités. Mais Est-ce un état digne d’éloge que celui dans lequel les instruments sont si peu réglés qu’il faille que la main qui les dirige soit sans cesse armée contre eux ? Plus une constitution est bonne moins ce genre d’activités est nécessaire. Tout va tout seul parce que tout va bien…Toute monarchie absolue est près de sa chute lorsque l’opinion devient assez forte pour la tempérer…    »
Benjamin Constant. Recueil d’articles. Le mercure,la minerve et la renommée. Introd. E. Hapraz Ed. Droz. Genève 1972 p 268


dimanche, 27 avril 2008

citation

« Des sujets qui soupçonnent leurs maîtres de duplicité et de perfidie se forment à la perfidie et à la duplicité… »
De l’esprit de conquête. B. Constant in. « choix de textes politiques. » Présentation et notes par O. Pozzo di Borgo. Jean-Jacques Pauvert 1965 p

dimanche, 20 avril 2008

Les trois petits cochons, la politique et l'exception

Je visionnais l'autre soir les trois petits cochons, ce dessin animée que Walt Disney avait produit, je crois avant ou pendant la guerre. Trois petits cochons, le grand méchant loup. Dans son idée - et celle de beaucoup d'américains à cette époque - les Etats Unis figuraient le fin Naf Naf qui parvient à faire ce qui convient et qui réussit à vaincre le loup du fait de son énergie. Les deux frères un peu légers devaient sans doute représenter l'Europe...Je ne sais si les choses ont changé depuis cette époque. Un fait me semble certain : il ne me paraît pas que nous construisions notre maison commune dans du "solide" et qu'un jour nous soyons prêts à lutter contre le méchant loup. Les fissures sont nombreuses. La construction est légère en de nombreux points. Il faudrait consolider le tout et comment ?Je l'écris à longueur de blogs, en faisant en sorte de tenter enfin une politique qui prenne les problèmes profonds qui sont les nôtres par leur essentiel et une politique qui accepte de les assumer.

Quels sont ces problèmes ? Le principal a été remarquablement été mis en évidence par deux sociologues qui ont évoqué un société de la défiance...Mais les causes de cette défiance, de ces ruptures sont nombreuses. Elles remontent à ce moment où l'on a cessé de croire que l'on put être un animal social. Elles remontent aussi à ce moment où la Révolution Française a échoué. Mais a t elle échoué ?  Ce moment s'est emballé mais il a produit  un droit fort dont nous sommes encore les héritiers. Le  problème est la violence qu'elle a pu créer.

Je citais Joseph de Maistre dans une note précédente. Celui -ci dans un livre intitulé de la souveraineté et que chacun peut lire sur le site Gallica de la BNF(trés bien fait et qui doit encore être amélioré mais quel progrès !) soutient l'idée que la démocratie - s'entend la vraie, celle ou l'intérêt général domine  et non une majorité ou une minorité au détriment de tous les autres , celles ou chacun peut enfin accomplir et vivre selon ce qui est le plus profond en lui....Est et ne peut-être qu'une exception. Je partage ce point de vue....Difficile de maintenir une telle exigence  éternellement. Cependant, ce moment parvient ensuite à durer d'une part s'il ne crée pas de dégât et si il est réellement productif. Il aide les générations suivantes à vivre, à se dépasser, en se souvenant de ce que les anciens ont pu faire....Il serait temps peut-être que  notre génération reproduise ce moment, qu'elle parvienne pour un moment d'exception - mais sans la révolution brutale - en douceur à introduire une vraie démocratie qui créerait le droit pour l'éternité avant que d'autres ensuite se saisissent de ce qui a été produit, pour l'afiner, le rendre plus subtil et plus vrai....Je ne crois pas ici à l'idée de progrés et ce n'est pas elle que je défends. Je défends ici l'idée d'un moment d'exception a mettre en oeuvre et dans lequel le  droit pourrait devenir un peu plus droit, se rapprocher de cet horizon de droiture collective auquel il nous renvoie....Continuons, oeuvrons....! Tout engagement politique n'est pas vain en ce domaine  s'il est fait avec intelligence, conscience et lucidité....

 

  

 

samedi, 19 avril 2008

De l'intérêt général

Certains soutiennent qu'une pratique politique courante serait d'exaspérer les citoyens les plus démunis, appauvrir la cité pour provoquer une révolte qu'il s'agirait de "mater" et alors avoir les "coudées franches" pour pouvoir agir. D'autres au contraire, d'un  autre côté et de l'autre bord , soutiennent que ceux qui sont en face sont "tous" de mauvaise foi et que seule une révolution brutale peut les amener à raison. Ces deux logiques du pire ne sont pas si éloignées qu'on ne peut le penser. Elles vivent autour de la haine d'eux-memes et de celle des autres. Elles prétendent que personne ne veut dialoguer mais dans le fond elles n'ont de cesse d'empércher le dialogue.

La politique peut-elle se penser sans un dialogue confiant ? Non...Si non elle n'est pas de la politique mais une guerre de classes et d'individus poursuivie par d'autres moyens. Evidemment la confiance se gagne. Elle se donne et se reprend...Elle suppose aussi des personnes de confiance, ayant des solutions, des ouvertures, prêtes à dialoguer et à un réalisme fécond qui puisse sortir des préjugés.

Un auteur comme Joseph de Maistre avait le culot de penser (dans son texte fat selon moi intitulé de la souveraineté et qui n'est qu'un pamphlet contre Rousseau qui certes le méritait par certains points...Mais y aurait-il y eu des Rousseau s'il n'y avait eu des Maistres et des Maistre s'il n'y avait eu des Rousseau ? Tout ceci n'est-elle pas la logique du cercle vicieux ?) qu'il fallait maintenir les préjugés du peuple et d'un peuple pour faire en sorte de "mater" l'individu égoiste par nature. Il pensait que la politique ne pouvait être que cela et que seul un pouvoir fort, distant, arrogant (sans doute) était légitime. Quelle erreur ! C'etait ici confondre la forme et le fond....La seule autorité légitime en politique doit être celle qui se gagne par les résultats et par le souci d'un travail fait pour l'intérêt général...J'attire d'ailleurs l'attention de mes lecteurs sur un point qui est souvent oublié : notre constitution prévoit que la loi doit être l'expression de la volonté générale. Cela signifie qu'en principe tout groupe de député peut saisir le conseil constitutionnel et demander l'annulation d'une loi qui n'irait pas dans le sens du "général"...Qu'est ce que  l'intérêt général ? C'est celui qui est  au service de tous, sans exception...Pourquoi cette disposition  n'est -elle pas plus souvent rappelée ? C'est un mystère pour moi....

   

 

 
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