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jeudi, 15 janvier 2009

Du souci de l'être

Je sais qu'il est de bon ton de revenir inlassablement sur le "bon vieux temps" et dans le même temps d'ailleurs de vouer une forme d'arrogance hallucinante à l'égard des Anciens, accusés de n'avoir rien compris, conspués pour n'être plus à la "hauteur", remis en cause pour leur "ringardise" et leur "inactualité". Ce paradoxe si excessif est à mettre  sur le compte d'une tendance bien humaine à osciller en permanence entre deux extrêmes opposés sans jamais pouvoir rejoindre ce juste milieu si prompt à permettre l'équilibre de l'âme et de l'être...Pourtant, pourtant....Pourtant, je me plais parfois à regretter ce temps où les professeurs avaient une vraie aide pour leur travail et ne devaient pas taper leurs mémoires, leurs travaux eux-mêmes, ce temps où les avocats avaient des secrétaires, les médecins des aides, les menuisiers des apprentis...Ce temps est fini, enterré et avec lui l'ére de la conjonction des tâches et évidemment celui du chômage...Aujourd'hui on demande à un "cadre" de tout faire dans son entreprise, son université, son lycée et dans le même temps on "compresse", on "réduit"....Au-delà de l'actualité comment interpréter cette évolution ? Pour trouver quelque réponse, je propose de revenir vers la philosophie.

Il y a un autre débat passionnant (je dis autre car ces deux auteurs sont connus pour une autre opposition fameuse) entre Benjamin Constant et Emmanuel Kant : le premier se méfiait de la division du travail alors que le seconc estimait ( en suivant en cela Platon sans doute) que c'était une bonne chose....La division du travail favorisait selon le premier les apprentis tyrans car le savoir par définition ne se sépare pas et Constant pensait qu'en divisant le travail, on ne pouvait que fabriquer de l'ignorance et des ignorants...Pour ce qui est de Kant, je ne me souviens plus de son ar gumentation, mais s'il rejoignait Platon sur ce point (mais je ne veux pas faire trop d'érudition pourtant je sens déjà que j'en ai trop fait), le dernier cité pensait qu'un groupe d'hommes ne pouvait vivre justement si chacun ne faisait pas ce qu'il avait à faire selon sa nature....Comment trancher ? Il est clair que certaines tâches autrefois déléguées à certains citoyens avaient pour effet de les diminuer socialement...Mais le chôma ge est-il une meilleure solution ? La solution qui consiste à préparer nos jeunes à des moments difficiles et parfois à les leurrer en leur laissant croire que tout sera rose demain et en étant de moins en moins exigeant à leur égard en est-elle une ? D'un autre point de vue, il est certain que la tyrannie commence avec la séparation, avec ces hommes qui ne savent faire qu'une seule chose car ils ne peuvent plus comprendre les autres... Alors que faire ?

Je crois que Constant se plaignait de la division des savoirs ...Sur ce point, il serait bon - selon moi - de repenser ce qui les unit et la philosophie est l'un des savoirs qui est le mieux placé pour cela.....Quant à Kant et Platon (surtout) ils plaidaient pour une forme de "devoir" de chacun dès lors qu'il était en situation de travailler, d'oeuvrer pour sa réalisation et son bien être en fonction de ce qu'il devait et pouvait faire....Cette disparition des métiers "manuels", cette "manuelisation" des intellectuels et la séparation de plus en plus grande de nos savoirs sont sans doute liés...Ils ont une cause commune sans doute : la perte du sens de ce que devrait être une société d'hommes, de ce que devrait être son but : celui-ci n'est pas de gagner de l'argent à tout prix mais de faire de l'argent un moyen de bien vivre, pour permettre à chacun de se réaliser en fonction de ce qu'il porte en lui...Je sens bien ici en écrivant de tels propos me lancer dans de belles formules qui n'auraient pas de "sens" concrètement...Je sais aussi que l'autre problème de notre société est un cruel appauvrissement des classes défavorisées et des classes moyennes, de certains "cadres" et notamment les intellectuels....Pourtant, mon expérience d'enseignant, celle d'avocat que j'ai pu avoir (et ce pendant 17 ans) m'ont confirmé qu'en prenant soin de l'autre nous pouvions progressivement l'aider à se reconstruire  et que celui-ci une fois reconstruit pouvait peu à peu trouver le chemin qui le menait vers lui-même....Pour cela, le croisement des savoirs est indispensable et le souci, le "soin", l'oeuvre en ce domaine doivent être privilégiés...Malgré cela, le matérialisme dévorant - lié d'ailleurs à l'idéalisme époustouflant de certains qui sert d'alibi d'ailleurs pour moins bien traiter les intellectuels notamment et les classes moyennes - ont pris  le dessus...Il n'est pas de bon ton de "réclamer" son dû...L'intellectuel doit payer....Le pauvre aussi car ils sont responsables d'on ne sait quoi...Pendant ce temps, ceux qui font des métiers "utiles", ceux qui "agissent" pleinement doivent être aidés, sponsorsoriés, appuyés...indemnisés, aidés...Les pauvres ! Ils ont fait de mauvais choix mais ils ne sont pas responsables puisqu'ils gèrent nos biens le plus précieux : notre matière.... Mais la matière première n'est pas toujours... et seulement...La matière dorée...C'est aussi, par d'autres sens, la matière que l'on appelle "grise" et qui n'est pas du tout "grise", mais "rose", rose du côté du coeur et du souci de l'autre et de soi...Bref du souci de l'être....

 

 

 

 

 

 

 

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