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jeudi, 23 juillet 2009

La non politique du bouc-émissaire


Je voudrais revenir sur un auteur, Carl Schmitt qui a soutenu , que la politique reposait exclusivement sur l’art de se trouver un ennemi et de se construire contre cet ennemi.
J’ai déjà écrit pour dire à quel point, il me semblait que cette doctrine était le degré zéro de la politique. Il ne s’agit pas pour moi ici de revenir sur les origines historiques de cette pensée.
Je tiens juste à souligner ici qu’elle a certainement eue des conséquences sur notre histoire. En effet, le nazisme, si on y réfléchit et auquel d’ailleurs Schmitt a participé, n’est rien d’autre qu’un parti qui s’est construit contre des ennemis : communistes,juifs, homosexuels, non ariens.
C’est un fait connu sur lequel je n’entends pas revenir. En revanche, moins connue serait l’idée selon laquelle, croyant se désigner des ennemis, le nazisme a fait en sorte de devenir lui-même l’ennemi par excellence, le grand méchant , l’affreux de la démocratie et de toutes les gauches réunies ainsi que des droites confondues désormais.
Cet affreux (réel nul n’en disconvient) a cependant permis en quelque sorte de reconstruire un lien politique en Europe…Il a servi de négatif dirait un Hégélien…pour reconstruire du positif.
En effet, lorsque je regarde des film sur la résistance, lorsque je prends connaissance de la vulgate médiatique sur la « libération de Paris » et la joie intense qui semblait exister à ce moment, tout s’éclaire  : nos parents, nos grands parents ont cherché sur le dos des nazis et surtout évidemment sur le dos des juifs, des homosexuels, des tziganes, des communistes en un sens à se construire une Europe et un occident solidaire…Ils vivaient sur cette illusion.
La guerre froide a continuée car, a tout de même été maintenu un autre « monstre » de cette période - mais un peu plus acceptable - le stalinisme, le maoïsme, le castrisme. Mais une fois tous ces monstres « écroulés », il a été difficile de se trouver de nouveaux boucs émissaires.
La crise s’est lovée, elle s’est installée sur cette disparition. Nous n’avions plus d’ennemis et donc nous n’avions plus de raisons de nous unir, plus de raisons d’être ensemble. Le risque était grand de déstabilisation et qui dit crise ne dit rien d’autre que prise de conscience d’un monde non commun et risque de déstabilisation.
Dès lors, d’aucuns ont tenté avec l’Islam de se construire un nouveau bouc bien pratique. Toutefois les composantes de cette grande religion sont si diversifiés ont évité une telle construction ( à tout le moins à moitié au moins).
Faute de bouc, nous sommes donc restés en plan…Notre « déprime » contemporaine vient de là….
Pour en sortir, la vertu voudrait que nous abandonnions cette idée  que la politique se construit en se trouvant un ennemi. Il nous faudrait admettre qu’elle se construit en oeuvrant pour des projets concrets, en les mettant en œuvre et en les respectant…
Mais une telle reconnaissance suppose de véritables et profondes conversions que nos esprits ne paraissent guére en mesure d’opérer et les tentatives de boucémissarisation se développent mais peu encore semblent avoir eu prise.

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