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vendredi, 18 juin 2010

Une société peut-elle être figée par la peur ?

Une société civile n'est pas une société commerciale comme nous l'ont enseigné les Anciens. Elle serait déterminée et dominée par un impératif de justice. Mais qu'entend-on par justice ? Les Modernes nous ont enseigné que ce mot devait se confondre avec l'autorité politique et donc avec le droit positif ; c'est-à-dire avec les lois votées par les Parlements de chaque pays ou les décrets mis en place par les gouvernements.

Nous avons compris avec les horreurs de la Seconde Guerre Mondiale que l'Europe avait fait fausse route sur ce point. Nous avons appelé cette erreur, une "crise de la loi". Notre société serait donc traversée par de multiples crises. L'aspect économique de la dite crise est souvent mis en évidence. Les sociologues évoquent une société en mutation et qui n'aurait pas encore trouvée ses nouveaux repères. Ce faisant, oscillant entre l'un et l'autre, balayée, elle serait la proie de multiples errances, de multiples catastrophes qui scanderaient son évolution sans pourtant permettre sa réalisation. Qu'en est-il en fait ? Qui a raison ?

L'intuition plus que la science doit parler. Or, il me paraît patent que c'est surtout la peur qui domine dans la société occidentale et cette peur la fige. Elle serait selon moi de trois ordres :

- un ordre historique en premier lieu. Nous subissons encore l'héritage de l'ancienne pensée des Lumières pourtant en crise. Celle-ci, malgré Rousseau, avait retenue l'idée que le droit n'était autre que la contrainte et la peur. La dimension formatrice et humanisante de celui-ci avait été oubliée. Qui aujourd'hui tient les tribunaux et les palais de justice pour des lieux d'humanisation et d'éducation du peuple ? La  justice fait peur à nos concitoyens. Elle était pourtant pour Aristote, une propédeutique à l'éducation. Elle en était le pis aller, la solution d'échange. Il suffit sur ce point de lire l'excellent chapitre X de l'Ethique à Nicomaque. Nous avons gardé ce ciment de la contrainte et de la peur qui reliait la société par un droit positif mal compris et nous avons oublié l'esprit de la loi...La loi et les tribunaux font peur. Or telle n'est pas leur seule mission. Ils doivent aussi éduquer l'homme, le conduire vers lui-même, vers son humanité. Cependant pour y parvenir, elle n'use pas d'arguments rationnels. Elle ordonne. Elle sanctionne. Elle reconduit vers un droit oublié.

- à cette peur héritée de l'histoire s'ajouterait une peur plus psychologique : celle de la société qui a peur de muter, de changer et de se transformer. Nous sentons tous qu'il nous faut procéder à des changements radicaux dans notre mode de fonctionnement et de pensée mais nous n'osons nous y résoudre et cette peur nous paralyse. Elle ressemble à celle de l'homme qui voit le vide qui lui fait face imaginant que le saut qu'il doit faire lui sera fatal alors qu'il peut aussi le mener dans une eau délicieuse s'il apprend préalablement à nager et s'il s'assure bien de ce qui va le recevoir lorsqu'il plongera...Pour notre part, nous ne pratiquons que la politique de l'autruche. Nous refusons de voir ce que le vide actuel signifie.

- cette peur serait nulle dans ses effets si elle n'était pas doublée d'une autre : celle de la dette laissée par nos ancêtres. On nous ennuie actuellement (à juste titre cependant sur certains points) avec la dette publique mais cette dette n'est pas seulement financiére, elle est historique et c'est elle sans doute qui contribue à alimenter la dette financiére contemporaine.

En effet, il serait temps que l'Europe analyse en face la honte qui la paralyse et qui constitue certainement un des problémes majeurs qu'elle rencontre. R Ogien, inspiré par ce qui se passe actuellement outre-Atlantique a judicieusmenet compris l'importance contemporaine de la Honte qui fait désormais l'objet d'un débat philosophique majeur...

Aristote avait parfaitement compris l'importance de la honte. Toujours dans ce texte majeur qu'est l'éthique à Nicomaque, il note que l'homme vertueux ou excellent ne ressent jamais la honte car il fait toujours ce qui convient et il conseille en revanche aux jeunes d'avoir plus souvent honte qu'il ne le faudrait. L'action qui n'est pas conforme à l'éthique est honteuse écrit-il à plusieurs reprises dans ce beau texte. En effet, violer la morale, ce que l'homme doit faire fait naître en lui une honte qui le conduit inexorablement à l'absence de vie heureuse et donc à la dépression comme nous le disons aujourd'hui...Tout est donc là. Tout est donc écrit. Notre dépression n'est pas seulement économique. Elle est plus profonde que cela. Elle est d'ordre éthique. Mais l'éthique n'est pas la moraline ou la leçon de morale. C'est ce qui fait qu'impertubablement un homme construit progressivement son bonheur ; bonheur qui passe avant tout par la capacité de pouvoir se contempler....Se regarder sans rougir lorsque l'on se rase le matin me disait toujours un ami avocat dont je ne sais s'il me lira aujourd'hui. L'homme vertueux voulait nous dire Aristote - est comme la société vertueuse - il ne craint pas le matin en se rasant de se regarder tel qu'il est. Il ne plonge pas la tête dans le brouillard ou ne se la coupe pas pour avancer. Il avance mais droit...Droitement, sachant ce qu'il fait et ou il va.

Une telle démarche est difficile. Elle implique un travail que l'éducation implique et permet seule de faire...Qu'en est-il aujourd'hui ? L'éducation est-elle notre priorité ? Elle est au contraire dominée par une logique financiére alors que c'est elle qui devrait dire ce qu'il faudrait faire aux financiers...Une société dominée par la logique financiére -et qui confond finance et économie -ne peut donc être que dominée par la peur. En effet, elle ne voit pas ce qui est devant elle et ne sait ou elle doit aller. Elle ne distingue que des voyants rouges qui s'allument dés qu'elle avance. Ces voyants la figent et lui interdisent ainsi d'avancer. Si celle-ci est en dépression, sa dépression n'est pourtant pas financiére. Elle est avant tout de ces trois ordres que nous avons tenté plus avant de mettre en évidence. C'est la dépression de celui qui a peur de manquer.

 

 

 

 

 

 

 

19:09 Publié dans JUSTICE | Lien permanent | Commentaires (2)

mercredi, 02 juin 2010

Comment lier et re-construire ? Quels outils ?

La re-construction ne s’oppose en rien à la dé-construction. En elle-même d’ailleurs cette dé-construction qui est proche de l’analyse peut-être une étape nécessaire à la re-construction. Le contraire de la re-construction, ce contre quoi elle « lutte » est la « destruction ». La reconstruction s’opère souvent après une destruction. Ce qui distingue la destruction de la dé-construction est que la dé-construction est une opération de dé-composition opérée dans le but de re-construire. En revanche la destruction est soit aveugle, soit vengeresse, soit intéressée et portée au mal.
Re-construire ne peut donc se faire sans une vision claire de ce qui est bien, de ce qu’il convient de faire et de la fin . Mais une fin qui est à la fois universelle et singulière.
Comment y parvenir ? C’est une véritable question. Il est difficile en premier lieu de vouloir reconstruire les autres si on n’est pas soit même construit et si l’on est pas parfaitement « solide ».  La re-construction suppose donc un travail permanent de re-construction sur soi et donc une vigilance à ce propos. Elle suppose donc connaissance et courage et opportunité et possibilité d’opérer ces re-constructions. Il faut donc dans un premier temps pouvoir définir celle-ci et son objectif.
La re-construction vise au bien être et au bonheur de l’individu et du groupe et si possible en conjonction de l’un et de l’autre. Elle suppose donc connaissance de ce qu’est le bonheur pour l’individu et pour le groupe et pour chaque individu en particulier ce qui est particulièrement difficile.
Elle suppose également des actions pensées dans un certain ordre afin de permettre cette re-construction. Donc il faut connaître ce par quoi un individu se re-construit. Ensuite, au mieux elle vise une possibilité de permettre l’émergence de sujets capables eux-mêmes d’aider les autres à se re-construire.
Pour connaître ce ce par quoi il faut d’abord en premier lieu savoir pourquoi et sur quoi il faut re-construire et si possible en priorité car les individus ne laissent pas toujours le choix en ce domaine. Ils ne laissent pas toujours la « porte ouverte » trop longtemps.
Donc il faut déterminer en un laps de temps suffisamment court les actions urgentes qu’il faut entreprendre pour éviter que les débordements s’opèrent. Donc il faut savoir ce par quoi un individu se détruit, se défait, se décompose et dans l‘absolu et pour un individu en particulier et par quoi il continue de le faire et d‘y parvenir.
En quelque sorte cela suppose dans un premier temps de tenter d’arrêter l’hémorragie. Ceci est très difficile car cela suppose doigté et perspicacité dans le diagnostic. Il y a un diagnostic préalable à opérer pour tenter d’envisager les actions à entreprendre.
Mais il faut également connaître les causes générales et ce pour un individu mais également pour un groupe. Le problème est que les deux s’autoalimentent. Il forment un cercle vicieux qui suppose action sur les deux conjointement.
Pour ce faire il faut être capable de se doter d’outils d’analyse mais également de déterminer des grandes règles générales. L’outil d’analyse suppose observation de ce qu’il convient de faire et de ce qui a pu « détruire » progressivement le groupe. Les causes de la destruction de celui-ci.
Prenons le cas d’un pays qui par exemple s’est toujours « construit » à partir de guerres, de rapines, de vols. Un tel pays contient en lui la destruction. Il estime même que cette destruction est au cœur de sa logique de reconstruction. Il associe en fait la guerre et la construction de soi alors précisément que les deux ne sont pas nécessairement liés entre eux.
A partir de là tout découle d’une telle situation. De même cela peut conduire à des individus qui raisonnent par rapport à cette règle. Ceci conduit à un lien fort entre les logiques et les structures. Un individu élevé dans cette logique ne peut lui-même que développer ce type de comportements. Il va « reproduire » cette association perverse qui se noue entre « destruction » et re-construction, ce lien entre ces deux opposés qui est totalement pathologique.
Une des causes premières de la destruction et de la difficulté qu’il peut y avoir à l’opérer Est-ce lien qui est créé par l’individu lui-même entre ces deux logiques. Ce lien est en lui. La racine est en lui et il est difficile de pouvoir l’en débarrasser.
Cependant le lien n’est pas le même pour tous les individus et pour cette raison il importe d’appliquer une politique qui individualise précisément les réponses.
Cette individualisation cependant reste de faible portée si l’on agit pas sur l’une des racines du mal qui peut être le souci ou l’épistémé comme dirait Foucault d’un groupe en ce qu’il associe les deux conjointement et ce qu’il a ordonné les deux logiques, les deux pensées ensemble. Le travail politique et le travail psychologique est donc nécessaire. Mais Aristote distinguait deux types de travaux « psychologiques », le travail au plus pressé qui est la rhétorique et le travail plus en profondeur qui s’opère par le truchement de l’éthique.
Il faut noter que ce lien pervers qui existe entre re-construire et détruire se retrouve chez des personnes qui, par exemple, font en sorte de ne s’intéresser qu’à ce qui « va mal » dans un groupe. Ne s’intéresser ainsi qu’à ce qui va mal - et Foucault l’a bien vu - consiste en réalité finalement accorder une puissance considérable au mal, essayer de se dire comment il arrive, lui donner les « pleins pouvoirs » en quelque sorte.
Re-construire c’est donc ré-orienter le regard, le remettre dans la bonne direction et lui permettre de suivre le bon sens des choses et de bien les dé-crypter. Ce travail est difficile et éprouvant mais il est toujours possible de l’entreprendre.

 
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