Avertir le modérateur

lundi, 31 janvier 2011

Droit dénaturé,honte et culpabilisation



Celui qui a vécu dans le sentier du droit a évité la honte, la sienne ou celle d‘autrui. Son chemin a été délibérément choisi pour ne pas s’abaisser; corrompre ou humilier. Il a toujours suivi l’attitude requise suivant le temps qui lui convenait. Il n’a jamais voulu l’immobilité pour l’immobilité, le mouvement pour le mouvement. Il s’est tenu à l’écart lorsqu’il le devait et a ignoré ou respecté la norme lorsqu’il le fallait. Son objectif a toujours été le devoir être.  Lorsqu’il a failli, il a su trouver, en temps opportun, les justes ressources pour se pardonner.

Le droit figé- au sens propre du terme- ne réalise pas le droit mais aide chacun à le trouver. Pour y parvenir, il crée des institutions, édicte des normes pour préserver les citoyens afin qu’ils ne sombrent ni dans la honte ni dans la culpabilisation. Lorsqu’il le peut, il donne à chacun le sentiment de sa différence et il soulage les humiliés. Lorsqu’il le doit, il use d’invectives. La honte ou la culpabilisation ne sont que des moyens pour lui et jamais des fins. Elles sont exceptionnellement subsidiaires et ne s’appliquent que lorsque toutes les autres solutions ont échoués.

Il n’en vas pas de même pour le droit figé dénaturé : honte et culpabilisation sont des moyens courants pour lui.

Le droit absolument dénaturé cultive, en effet, la honte et l’humiliation de l’autre, son but étant l’asservissement des hommes qu‘il gouverne.

Quant au droit relativement dénaturé, il affirme en apparence vouloir donner à chacun les moyens de s’élever afin de mieux humilier au quotidien. Pour y parvenir, il use de multiples stratagèmes :

- En premier lieu, il abuse du mot de droit en n’en montrant que sa face dénaturée. Désemparés ceux qu’il gouverne vivent continuellement dans la honte soit d’appliquer ce droit courbe soit de ne trouver aucune parade pour l’éradiquer;

- En deuxième lieu, il favorise les oppositions radicales à son pouvoir. Il leur laisse un champ libre car il sait qu‘elles favorisent la honte par les discours extrêmes qu’elles tiennent et en privant tout citoyen sensé de toute intervention dans le débat public;

- En troisième lieu, il humilie en favorisant les formes de dons sacrificiels - qui affaiblissent ceux qui ne peuvent le pratiquer - ; en faisant de faux cadeaux qui obligeront les hommes à vie ; en développant ces fausses valeurs que sont  l’égalitarisme, le nationalisme, le souffrantisme ou le pacifisme.

La honte nous le savons vient lorsque le silence est imposé ou la corruption subie. Or chacun de ces dogmes provoque la honte parce les idées qu’ils portent sont justes - et donc difficilement attaquables - alors que leur affirmation à outrance corrompt l’idée de droit.

Le nationalisme provoque, en effet, la honte chez celui qui ne ressent pas ce sentiment. Il est malaisé de l’attaquer car l’idée de nation est belle en ce qu’elle préserve les hommes, qu’ils soient exilés ou non, mais le nationalisme est ignoble car il affaiblit les étrangers  et ne distingue pas les hommes selon leur valeur. Il en va de même du souffrantisme car le souci de l‘autre est louable alors que l‘ignorance de soi est injuste. Le pacifisme est une idée juste puisqu’elle porte en elle celle de sérénité mais c’est une doctrine inacceptable car eIle transforme en violence le souci de celui qui ne fait que défendre son droit. L’égalitarisme provoque la souffrance honteuse de se sentir différent. Le populisme culpabilise car en manifestant son souci pour le peuple, il rappelle une belle idée qui ne peut être attaquée alors qu’elle devient contraire à ce dernier lorsque ses seuls intérêts à court-terme sont envisagés.

Le droit, qu’il soit relativement ou absolument dénaturé, est donc l’allié de la honte et de la culpabilisation.

Il sait l’efficacité redoutable de cette arme à double tranchant. Il n’ignore pas qu’elle désunit intérieurement et extérieurement. Il fait donc de ces deux sentiments son outil premier et sa fin et il en use avec une dextérité déconcertante.



jeudi, 27 janvier 2011

FOLIE ET MAUVAISE FOI DE CEUX QUI COMPARENT LES DROITS ENTRE EUX

Comparaison n'est pas raison. Cette phrase à la fois fausse et vraie comme toutes les affirmations génériques de ce type m'incite à dire quelques mots de cette pratique qui consiste à remplacer la pensée par la comparaison. On ne pense plus tellement. On compare. Une réforme doit s'opérer ? Un expert est convoqué : généralement un historien ou un spécialiste de la question. Il a pour objectif de nous dire ce qui se passait autrefois (comparaison de temps) ou ailleurs (comparaison d'espace)...

Un grand Juriste qui s'appelait Constantinesco, spécialiste de droit comparé a trés bien rappelé que les droits étaient des systèmes et qu'ils constituaient des touts. Il est ridicule (ou cela est la marque de la pire mauvaise foi) que de soutenir qu'il faut faire telle réforme sous prétexte que dans tel pays les choses se passent ainsi et dans telle époque il en était autrement et qu'il importe de réagir pour éviter que tout recommence. Le passé est un tout bien enchevêtré. Les droits sont des touts. Prenez telle disposition intéressante au Danemark ou En Suède ( nos modèles pour certains) ou regardez ce qui se passe au USA (modèle pour d'autres). Mais vous ne percevez qu'un aspect de la chose. Certes un tel supporte tel poids mais il a tel autre avantage en contrepartie.

Un droit s'inscrit dans un tout qu'il soit marqué par le temps ou par l'espace. Certains utilisent le droit d'autrui pour imposer des pensées et se dispenser de la délibération, de l'ouverture des questions. Faisons travailler plus telle catégorie, imposons à telle autre mais par contre refusons de parler d'autres questions plus génériques et plus larges...Mettons l'accent sur un sujet et comparons pour nous dispenser d'ouvrir le débat...La vérité était aléthéia chez les Anciens Grecs...Elle ne pouvait se penser pour eux sans un rapport à l'ouvert, à l'ouverture. La comparaison fait souvent fuir la vérité, elle clot le débat et le ferme par ridicule ou par mauvaise foi.

 

 

samedi, 22 janvier 2011

INFORMATION SUR COLLOQUE ETHIQUE

L'association Option Diagonale est une association créée en 1995 . Elle organise des rencontres transversales. Elle a organisé de nombreuses réunions à l’Assemblée nationale, au Sénat, dans des collectivités territoriales.
Son but est de promouvoir l’éthique et l’éthique appliquée au sein d’une philosophie ouverte sur les autres disciplines et les autres champs. Elle souhaite favoriser le dialogue actif entre acteurs et penseurs de l’éthique et de la vie publique. 

Elle envisage d'organiser en septembre 2011 avec la Ville de Grenoble les deuxièmes rencontres sur l'éthique et la philosophie pratique et ouverte.

Le but de ces rencontres internationales qui s'espèrent annuelles, est de promouvoir une réflexion sur le thème de l'éthique et de l'éthique appliquée ainsi que de favoriser l'émergence d'une philosophie ouverte sur les autres disciplines, la pratique vivante,quotidienne et sur le monde.

Elle souhaite favoriser des échanges transdisciplinaires et entre praticiens et penseurs de tout horizon soucieux d'ouverture et de dialogue.

Le thème de ces deuxièmes rencontres sera la question de la honte.

L'association ne défend aucune ligne philosophique particulière si ce n'est celle d'une philosophie au pluriel, transdisciplinaire et transversale, respectueuse de cette pluralité.

Les rencontres doivent se dérouler en deux temps : une rencontre entre acteurs et chercheurs et une rencontre le soir avec le grand public Grenoblois.


mardi, 18 janvier 2011

ECHANGE ET DON

L'échange se caractérise par un double don et une double réception. Il faut donner pour recevoir et recevoir pour donner. Je donne tu reçois, tu donnes je reçois. L'échange est à placer dans la catégorie des actes à titre onéreux pour les juristes. L'acte à titre onéreux se distingue de l'acte à titre gratuit et il s'y oppose. L'acte à titre gratuit suppose intention libérale et un don qui ne coûte rien. L'acte à titre onéreux suppose donc une intention intéressée et un acte qui coûte.

Le don est cependant inclus dans l'échange nous venons de le noter mais le don de l'échange est un don qui attend contre-don et qui suppose travail de réception des deux côtés.

Si je donne sans espoir de recevoir et que ce don ne me coûte pas, je donne. Si je donne en attente d'un retour et que ce don me coûte je suis dans l'échange.

On se demande souvent si le don au sens juridique du terme, le don comme acte à titre gratuit existe réellement et l'on s'interroge fréquemment en philosophie afin de se demander si le don n'est pas un échange déguisé...Cette interrogation est souvent assortie d'une lecture du fameux texte de Marcel Mauss et son essai sur le don.

Mauss montre, dans ce texte, que les indiens d'Amérique (enfin dans ma mémoire certains d'entre eux) avaient organisé leur économie non pas sur la monaie mais sur le potlach, forme de don déguisé...Dans le Potlach, on donne et l'on attend - en apparence - rien en retour. Toutefois celui qui bénéficie du potlach se sent implicitement obligé, moralement obligé.

Le potlach était une organisation économique très subtile dont les traces sont présentes dans nos sociétés...Vous êtes dans un café, un type sympathique vous offre un verre gracieusement...Le surlendemain, vous le voyez au bar et vous trouvez naturel de lui payer en retour une boisson de son choix et ainsi le lien peut se créer à la fois obligé et non contraint.

Le texte de Mauss nous aide cependant à mieux comprendre ce qu'est le don et les rapports qu'il entretient avec l'échange. Dans le don, il n'y a dans l'immédiat aucune attente de réception alors que dans l'échange le "donneur" attend un retour sur investissement pourrions nous dire.

Le don pur existe selon moi et tous les dons ne sont pas des échanges déguisés. Il existe mais, comme ce qui est juste et beau, ce don fait partie de l'être comme les Anciens disaient autrefois, il en est une manifestation ou une image...Il est à l'image d'un Don qui le transcende et dont  l'existence n'est pas contestable mais est du domaine du rare, du quasi-divin...Lorsque l'homme est dans le don pur, il est dans la quintessence de l'humanité mais il s'y trouve rarement car il est ainsi fait et sa vie est ainsi faite, organisée plus autour du don que de l'échange.

Prenez cet adulte qui aide un petit enfant qui a glissé et qu'il aide à se relever...Voilà le don pur qui n'attend rien en retour. En effet, même si l'enfant ne remercie pas le don est là...Il n'a rien coûté et il aurait fallut être stupide d'attendre une reconnaissance de l'enfant. Pourtant dans ce don il y a don car en le faisant l'on attend rien de l'enfant mais on se donne quelque chose à nous-même ainsi. On se sent heureux d'avoir accompli ce que l'on devait accomplir...

L'enfant ne nous a pas permis d'acheter une conscience. Il ne nous a pas même donné cette bonne conscience car, rappelons le , dans le don, il y a intention de donner libéralement. L'enfant n'est pas tombé à terre pour que nous lui donnions l'occasion d'être relevé par nous. Nous pouvons au mieux, le remercier et lui exprimer notre gratitude pour nous avoir donné l'occasion de nous donner à nous-même une bonne conscience mais il ne nous a rien donné et cela ne nous a rien couté...Au contraire, nous avons gagné...

Peut-être existe-il d'autres formes de don pur mais ils sont rares et sont pensés pour être rares dans la société...Car celle-ci est ordonnée autour de l'échange et non du don. En effet, les hommes sont dans des rapports symétriques les uns envers les autres et ce que je donne à l'autre me coute toujous et j'en attends à un moment ou un autre une reconnaissance...

Mais le fait que la société soit ordonnée sur l'échange n'est pas dramatique...C'est une belle chose qui nous incite à réfléchir sur le juste et la réciprocité. Cependant tout ceci ne doit pas pour autant nous faire désespérer du don qui demeure exceptionnel mais qui n'est sans doute possible que dans les rapports asymétrriques ou déséquilibrés, ceux dans lequel celui qui donne est d'une richesse inouie par rapport à celui qui reçoit et où celu qui reçoit est dans un état d'inconscience conséquent par rapport à celui qui donne...Quoi qu'il en soit, le don n'est donc en aucune manière à confondre avec le sacrifice...!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mardi, 11 janvier 2011

ECHANGE TRAVAIL ET RICHESSE

Tout échange suppose nécessairement travail. Je veux parler avec autrui. Je dois faire effort pour me faire comprendre de lui ; c'est un travail.L'échange suppose sortie de soi et entrée dans l'autre. Celui qui donne fait effort pour autoriser cette double opération d'entrée et de sortie sinon rien ne passe et l'échange ne s'effectue pas. Celui qui reçoit fait également effort pour recevoir, accueillir et écouter. De même, je souhaite vendre un bien que je possède. Il a supposé travail de ma part.

La dispute même - ce faux échange puisqu'il ne donne que du rien - suppose elle-même travail. Si je m'emporte contre toi c'est parce que quelque chose me "travaillait" par rapport à toi et si tu prends pour toi ce que je te dis c'est qu'il t'importe ou qu'il touche une violence qui était en toi, une souffrance en puissance et que j'ai réveillé. Tout ceci était travail à la base de l'échange.

L'échange est riche lorsqu'il donne beaucoup à l'autre mais la richesse a un autre sens. Elle est liée au rapport qui se noue justement entre travail et échange. Puisque l'échange suppose travail il importe ensuite de se demander comment le rémunérer justement ? Si je suis architecte nous indique Aristote dans l'Ethique à Nicomaque, et que je vends ma maison à un cordonnier il ne peut me donner 1OO Paires de chaussures en échange de ce travail. Il doit me confier quelque chose que je pourrai ensuite échanger avec d'autres : ce bien "neutre" c'est l'argent qui permet ainsi les échanges.

On dit donc d'un homme qu'il est riche lorsqu'il a de l'argent en quantité parce qu'il peut ainsi, par ce biais, réaliser de nombreux échanges. L'argent est un moyen de l'échange or nombre de nos contemporains semblent l'avoir oublié. Ils se tuent pour de l'argent et finissent ainsi par tuer l'échange et le faire disparaître de leur vie. En effet, quel temps consacre-t-il à l'échange, l'argent devient le centre de leur vie ? Il cesse d'être un moyen pour devenir une fin.

Ceci se produit également de plus en plus dans un champs social où l'inégalité ne cesse d'augmenter. Aujorud'hui, le propriétaire d'un appartement en plein centre de Paris et qui est bien placé gagne plus - pour peu de peine - que celui qui donne sa peine et son travail...Il ne s'agit pas ici de critiquer les bienfaits de l'investissement. Celui-ci offre un bouclier réel contre les risques du travail lui-même. Mais les limites n'ont-elles pas été ici dépassées ? Et ce lien qui unit échange, travail et richesse ne permet-il pas de le prendre en compte et de le comprendre ?

En effet, si à terme tout ceci se développe, les richesses des uns les contraindront à vivre de plus en plus dans la peur et la crainte de l'autre. Ils se replieront sur eux-mêmes et peu à peu les échanges seront réduits . Les supers-riches seront contraints de vivre dans la bulle de super-luxe qu'ils ont construit...Ce faisant de riches, ils s'appauvriront puisqu'ils limiteront de plus en plus leurs possibilités d'échange avec autrui. Ils seront de plus en plus enfermés dans leurs bulles hyper luxueuses et auront de plus en plus peur d'en sortir. Leur hyper-richesse se retournera contre eux et elle finira à terme par nous appauvrir et par les appauvrir en retour.

La richesse peut donc conduire à l'oubli d'elle-même si l'argent devient une fin en lui-même. L'échange qu'il devait permettre s'érode lorsque sa seule possession devient le but de toute une vie. Il est malaisé de tenir un tel discours aujourd'hui car celui qui le tient est aussitôt acculé à la critique cynique et les mauvais esprits lui disent "chiche"...L'argent n'est donc rien pour toi et bien je te le retire. Mais ces aculturés ont oublié que la science est souci de la nuance et ils confondent l'accessoire et le secondaire. Ce propos n'entend pas soutenir que l'argent est accessoire. Au contaire, il est le déterminant premier de la richesse puisqu'il offre toutes les possibilités d'échange en pleine liberté.  ll soutient simplement qu'il est secondaire. Mais l'enseignant dans le secondaire que je suis sais que le secondaire n'est en rien accessoire. Il est essentiel mais subordonné à autre chose que lui-même et qui le dépasse malgré tout. Il est subordonné mais essentiel comme nombre de subordonnés d'ailleurs.

 

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu