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lundi, 28 mai 2012

Le couple Graisse/Grèce et rigueur/moralisme

Notre société est curieusement effrayée par la Grèce et ce mot de Grèce en français renvoie également à ce qui est en trop : la Grèce c'est (oralement) la graisse et le surplus. Cette haine du surplus se retrouve dans notre obsession de l'austérité.

Soyons austères et tordons le cou à la graisse. Mais qu'est ce que cette obsession du surplus ?

Elle peut avoir trois causes  (au moins) :

- d'une part, elle peut être reliée au malthusianisme contemporain. Nous serions trop, nous ferions trop ;

- d'autre part, elle peut être le produit d'une pétition de principe destinée à dissimuler le sentiment continuel de gâchis qui imprime continuellement l'esprit de nos élites ;

-enfin, elle peut signifier une forme de haine à l'égard des Anciens que la Grèce symboliserait et que le rejet actuel du judaïsme (et l'antisémitisme si commode de certains) confirmeraient.

Ces trois causes sont peut-être liées à une cause plus centrale : la haine de soi ou la peur de ce qui est. Cette peur de ce qui est est liée à une peur de l'autre. L'austérité est bonne lorsqu'elle relève de la rigueur. Elle est triste lorsqu'elle est liée au moralisme et au juridisme.

Le moralisme et le juridisme sont une autre marque de la haine de l'autre. En effet, elles ont généralement pour héros Tartuffe. Elles condamnent les fautes de l'autre en permanence mais refusent de voir les propres fautes qui sont nôtres.

Il y a pourtant une bonne "graisse" nous disent les médecins comme il y a aussi un bon immoralisme ou un bon non droit comme dirait le juriste Jean Carbonnier...Acceptons de temps à autre les erreurs de l'autre c'est aussi une autre manière d'accepter ses propres erreurs. Acceptons un peu la bonne graisse c'est une manière ainsi de voir l'autre dans une dimension qui ne serait pas seulement celle de celui qu'il est bien commode de haïr...

Il faudrait donc enfin que nous puissions revenir à une forme de raison et d'équilibre en ce domaine. Le rejet actuel de la graisse et le terrorisme moral qui s'applique en ce domaine actuellement à l'égard de ce beau et grand pays et de ce qui permet à l'homme de vivre aussi avec une certaine forme de sécurité (la graisse est une forme de matelas bien commode et une protection, une accumulation qui permet au corps de résister à l'epreuve...ne parlons pas des effets de rondeur qu'elle peut parfois donner et qui n'est pas toujours à rejeter).

Mais l'équilibre consisterait également à condamner les outrances en ce domaine...

Parviendrons-nous en ce domaine comme en d'autres à trouver la bonne et juste solution ?

L'expérience en matière de pensée m'a souvent montré que, lorsque deux branches d'une alternative s'opposaient, il fallait chercher dans un troisième terme la manière de sortir de l'opposition. Ce troisième terme est celui de l'excellence et de la recherche, du questionnement.

Questionnons nous et acceptons de sortir du couple binome : Grèce/graisse d'un côté et rigueur/moralisme de l'autre. Le point raisonnalbe se trouve au coeur de ces deux espèces là...Comment le trouver ? Il ne consiste pas en une approche : un peu de graisse et un peu de rigueur car dans ce cas nous n'avons que du peu et nous n'obtenons pas cette excellence qui doit permettre de sortir de l'impasse.

Il faudrait plutôt choisir l'excellente graisse et l'excellente rigueur. Mais quelles sont ces excellences ? C'est ici qu'il faut certainement conduire le propos et c'est vers ce projet qu'il faut aller.

L'excellente grèce doit nous revenir. Elle fut la patrie du savoir et de la démocratie. Elle fut, selon moi, le relais heureux de la pensée prophétique.

L'excellente rigueur est en lien avec cette Grèce excellente. Elle est à retrouver dans ce que les grands penseurs de l'éthique nous ont apportés. Mais aujourd'hui la haine(raciale, religieuse, culturelle, économique et sociale) est présente en tous lieux et elle se traduit par la haine perpétuelle de l'autre, et de l'Autre...Lévinas est bien loin et nous ne pouvons plus nous exprimer sans connaître les foudres de celui qui vous reproche d'être autre.

Chacun s'est replié sur sa sphère et dès que vous évoquez un mot : graisse, rigueur tout le monde s'ennerve et se "fâche"...

Nous ne parviendrons cependant pas à renouer avec l'excellence si nous continions à nous fâcher continuellement...Même s'il est des colères saines, la colère perpétuelle est dangereuse pour l'homme ... Pourquoi rejetons nous ainsi aujourd'hui la graisse et ne commençons nous pas justement à réfléchir sur la colère et la souffrance qui se répandent comme des trainées de poudre dans notre pays...? Pourquoi nos médias si bien inspirées ne commencent-ils pas par nous parler de ces choses plus importantes sans doute que la question de la graisse ou tout aussi importantes qu'elle ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mercredi, 23 mai 2012

Eduquer et chercher pourquoi faire ?

L'éducation est désormais une des priorités du nouveau gouvernement. La recherche est également enfin considérée à sa juste place. Toutefois une question m'interpelle. Au-delà des moyens conséquents qu'il convient de mettre désormais dans ces institutions afin de nourrir celles-ci et de sortir ses agents d'une relative misère (pour certains)  et revaloriser des métiers qui sont de plus en plus maltraités (à tous points de vue), une éducation et une recherche pour quoi faire ?

Chacun sait (en philosophie ou ailleurs, en sport aussi me paraît-il) que les acteurs avancent mieux et avec plus de plaisir lorsqu'ils savent où ils leur faut aller et lorsqu'ils sont considérés ou lorsqu'ils ont le sentiment du respect et de la considér.ation. Tout bon enseignant n'ignore pas cette vérité première. Il m'a été donné plus avant d'évoquer cette question de "valorisation"mais qu'en est-il des fins et du pourqouoi de l'école et de la recherche ?

A quoi se doivent de servir ces institutions ?

Le but assigné à l'école et à la recherche semble assez peu évoqué à tout le moins dans les différentes publications qui sont venues à ma connaissance tout récemment et qui provenaient de nos responsables politiques nouvellement nommés ou élus.

Jules Ferry a été honoré (au moins pour son oeuvre pédagogique). Nul ne peut à mon avis se plaindre de cette louagne méritée.L'école de la IIIème République a accompli une belle oeuvre et participé au redressement moral et culturel de la France et de l'Europe à n'en pas douter. Toutefois, l'école d'aujourd'hui ne se trouve plus en face des mêmes défis que ceux auxquels dut faire face la IIIème République.

Marie Curie a  également été à l'honneur. On ne peut que s'en réjouir et notamment également parce qu'elle fut femme et étrangère en terre d'exil.En ces temps de honte pour les rapports que (tous) les peuples entretiennent avec l'étrangeté et l'étranger. Ce geste est un symbole fort. Toutefois, toutefois...La recherche n'a plus aujourd'hui à faire face à des défis qui ressemblent à ceux que Marie Curie et les siens durent affronter.

Une première remarque s'impose au préalable et avant de répondre à cette question de la finalité. Ces deux ministères et ces deux institutions s'ignorent le plus souvent. Il est même assez mal vu lorsque l'on est enseignant du secondaire de se consacrer à la recherche. Les travaux des enseignants du secondaire en termes de recherche ne sont jamais, jamais valorisés. Nous vivons encore sur la désuéte différence entre agrégés et certifiés qui ne représentent plus rien (au moins dans les matières littéraires et en sciences humaines. J'ignore ce qu'il en est ailleurs à dire vrai).

Les coopérations entre les écoles, grandes ou petites et les universités sont de même totalement (ou sauf quelques rares exceptions) innexistantes.

Avant de s'interroger sur les fins. Il semblait important de dire quelques mots sur ces liens absents. Mais il convient de poursuivre...

Un politique a écrit ou dit un jour qu'il voulait des chercheurs qui trouvent et non des chercheurs qui cherchent. J'ai toujours pensé que cette phrase avait sonné (en partie) le glas de la recherche française...Mais comment ? Sais-t-on seulement ce qu'est un chercheur ? Un chercheur n'a pas à trouver nécessairement...Sa démarche, son travail de chercheur constituent déjà à eux seuls une oeuvre et un geste qui doit avoir des effets sur la cité et sur la cité scolaire également...La recherche doit donc être développée et (enfin!) honorée car elle repose sur cette idée (si chère à Aristote et aux philosophes dignes de ce nom) de l'importance de la dé-libération, de l'analyse....de l'aventure intellectuelle et de l'ouverture qui est propre à l'esprit.

D'ailleurs cette ouverture n'est pas si éloignée que cela de l'école car école est la traduction du mot grec "skolé" qui signifie "loisir"...Pourquoi ? Peut-être parce qu'Aristote, lointain ancêtre de nos "écoles" puisque sa philosophie (celle du Lycée) a donné son nom à l'une des principales institutions scolaires écrviait dans le Politique (VIII. 3.1137 b. 30)

Le but principal de l'éducation : devenir apte à une vie de loisir.

Si en effet, il faut les deux, il vaut mieux choisir la vie de loisir que la vie laborieuse et il convient de rechercher comme but ce qu'il est nécessaire de faire dans cette vie de loisir..

Tout est dit ou plutôt écrit...Chercher, aller vers le loisir. Ecole et recherche doivent donc marcher en lien...Mais qu'est ce donc que le loisir ? J'ai tendance à penser (un peu avec Pascal) que ce n'est pas le divertissement que l 'on cherche  à nous vendre à tout bout de champ. Enfin, plu exactement, le loisir ne se "résume" ou "réduit" pas à cela.

Mais qu'est ce ? Optons ici pour une liberté avec plaisir. Une liberté dans le plaisir et le plaisir d'être libre. Le loisir est une liberté heureuse pour reprendre le titre d'un texte récemment paru...L'école et la recherche doivent-ils apprendre la liberté heureuse ? Pourquoi pas ? Cet objectif pourrait être affiché dans nos écoles et constituer le guide qui servirait ensuite de référence, de principe directeur aux différentes réformes qui pourraient êre entreprises. Dès lors, la question se pose : peut-il y avoir liberté heureuse sans un métier qui nous convienne et qui nous nourrirait honnêtement ? Peut-il y avoir liberté heureuse sans capacité de réflexion ? Peut-il y avoir liberté heureuse dans une cité malheureuse, etc...

Je fais soudain un rêve (mais ce rêve n'est peut-être pas si éloigné de la réalité, n'avons nous pas désormais un ministre de l'éducation philosophe et un ministre de la recherche issue d'une des villes les plus dynamiques d'Europe en matière de recherche)...résumons ...je fais soudain un rêve : un ministre de l'éducation et un ministre de la recheche qui nous expliqueraient que l'école auraient pour mission de travailler en étroite coopération( partenariat) avec la recherche et une recherche qui aurait pour mission d'en faire de même et l'un et l'autre nous diraient que le but de l'école et de la recherche serait...serait...SERAIT....La liberté heureuse, le loisir...et tout ce qu'implique cette belle oeuvre à construire ensemble. Le changement après tout n'est ce pas maintenant ?

Jean-Jacques Sarfati

Professeur de philosophie. Université Paris Est. Iufm de Créteil.

Juriste et Ancien Avocat à la Cour d'Appel de Paris.

   

00:39 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (1)

 
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