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dimanche, 18 novembre 2012

Culture et culpabilisation

Dans un beau texte, J. Delumeau, poursuivant les intuitions de Freud a montré la place occupée par le sentiment du pêché et de la culpabilisation dans l'Occident entre  le XIIIème et le XVIIIème Siécle : Augustin, Machiavel, Hobbes sont ainsi chacun étudiés dans leurs contextes. Ces auteurs développèrent une vision d'un homme pêcheur et peureux de lui-même.

Il y écrit ainsi :

On aurait pu penser qu’une civilisation – celle de l’occident des XIVème/XVIIème siècles – qui se voyait (ou se croyait) assaillie par de multiples ennemis – Turcs, idolâtres, Juifs, hérétiques, sorcières, etc…- n’aurait pas pris le temps de l’introspection. Apparemment, c’eut été logique. Mais c’est le contraire qui se produisit. Dans l’histoire européenne, la mentalité obisidonale, analysée dans un précédent volume s’est accompagnée d’une culpabilisation massive, d’une promotion sans précédent de l’intériorisation et de la conscience morale. A l’étage collectif nacquit une maladie du scrupule qui s’amplifia par la suite…Une angoisse globale qui se fragmentait en des peurs nommées découvrit un nouvel ennemi en chacun des habitants de la cité assiégée et une nouvelle peur : la peur de soi. Exprimant le sentiment de toute l’Eglise enseignante, le fèvre d’Etaples écrivait …La vie d’un Chrétien en ce monde, quand elle est bien considérée ce n’est qu’une continuelle guerre…Mais le plus grand adversaire qu’il ait point, c’est lui-même. Il n’a rien de si difficile à vaincre que sa chair, sa volonté ; car de sa nature, elle est encline à tous les maux. Dans le même esprit Bourdaloue écrivait : ce n’est point un paradoxe mais une vérité certaine que nous n’avons point d’ennemi plus à craindre que nous-mêmes ; comment cela ? Je suis…plus redoutable pour moi que tout le reste du monde, puisq’ul ne tient qu’à moi de donner la mort à mon âme et de l’exclure du royaume de Dieu…Lefevre d’Etaples et Bourdaloue poussaient à la limite de son sens le texte de Saint Paul qui demandait au chrétiens de se liberer de ses instincts mauvais et de s’élever au- dessus des bas-fonds de lui-même. J. Delumeau, Le pêché et la peur. La culpabilisation en Occident XIII-XVIIIème siècle. Paris, Fayard, 1983, p..8

Cette peur de soi est encore présente de nos jours. Elle est à l'oeuvre dans une logique où la culpabilisation de soi et de l'autre, l'instrumentalisation de la honte y occupe une place centrale. On ne recherche pas ce qui est positif chez l'autre . Le but n'est pas de valoriser les potentiels de chacun mais de sélectionner par le bas en taillant perpétuellement dans la masse, puis dans les sujets....La cause de ceci se trouve certainement dans une forme de meurtre perpétuel et symbolique d'un père que l'on tue sans cesse à travers l'autre...Le coeur de cela se trouve dans la culture. Faut-il partir de l'hypothèse développée par Freud dans son célèbre et excellent livre intitutlé "malaise dans la civilisation" pour en saisir la genèse ? Cette question est à approfondir et mes travaux actuels m'y conduisent.Il faudra certainement à un moment repartir de ce livre majeur pour le réinterroger... sous un angle philosophique et donc pour cela renouer, approfondir les liens que la philosophie du politique entretient avec la psychanalyse.

 

 

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