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mardi, 20 novembre 2012

Travail et souffrance

Les sociologues nous parlent - ainsi que les psychologues - d'une augmentation de la souffrance au travail, à l'école, dans les familles...Une explication de cette situation peut se trouver dans le lien assez morbide que notre civilisation a noué - et noue de plus en plus - entre souffrance et travail.

Un tel lien est morbide, il est purement anti-nomique, en ce que l'antinomie est plus que le contraire mais la conjonction de deux limites qui s'opposent et qui ainsi disolvent l'idée même de limite. Dissoudre la limite c'est faire disparaître la notion même d'humain et d'humanité. Par certains côtés ce lien que nous ne cessons de nouer entre travail et souffrance est une manière d'opérer cette dissolution. Or une telle dissolution est dangereuse car elle fait disparaître les limites et du travail et de la souffrance. Tout devient confus. 

Comment ce lien s'opère-t-il et pourquoi ?

Il s'opère de deux manières en plein et en creux. Ce plein et ce creux sont liés. D'un côté, nous l'avons noté la souffrance ne cesse d'augmenter au travail et de l'autre on joue sur l'absence de travail comme souffrance ( le drame du chômage) pour augmenter cette présence de la souffrance dans le travail. En d'autres termes, la menace suprême qui est désormais trouvée pour tout demander à ceux qui travaillent pour nous c'est : si tu n'es pas content tu peux voir ailleurs mais ailleurs, il n'y a rien donc tais toi...Ou bien, pourquoi te plains tu et que dire ceux qui n'ont pas de travail ?

Faire taire les souffrances c'est les augmenter. Ceci nous renvoie à l'idée même qui est à l'origine de cette confusion.

Celle-ci provient d'une mauvaise interprétation de la Genèse. Lorsque Adam et Eve mangent du fruit de la connaissance du bien et du mal, ils quittent le paradix. Une mauvaise interprétation nous indique qu'ils en ont été chassés puis qu'ils ont été punis par le travail. Le travail est ainsi pensé comme une malédiction, une souffrance en soi.

Cette lecture est erronée car, en fait, chacun sait que le Dieu de la Bible est juste et généreux. IL est celui qui donne (sans attente de retour) la vie aux hommes et il leur donne le jardin d'Eden et la terre...Si il demande à Eve et Adam de partir c'est parce qu'ils sont entrés dans la raison, dans le jugement et sont donc sortis de l'amour, de la fides - de la foi - fidélité et que lorsque l'amour ne repose plus sur elle, la vie devient enfer et le paradis avec elle...Mais Dieu sauve ce lien et éloignant Adam et Eve. Cependant, à chacun il donne un travail qui leur permet de créer : l'un une oeuvre, l'autre la vie.

 Ce travail se traduit par la sueur du front pour Adam et de la peine pour Eve. Or la peine c'est ce qui donne les larmes qui sont les écoulements de l'âme...La peine est ce qui produit l'écoulement du trop plein. Le travail contient donc de la peine non de la souffrance. Or la peine c'est cet effort qui permet de mettre en ordre, de distinguer ce qui désormais est confus.

Adam et Eve en mangeant du fruit de la connaissance ont introduit de la confusion entre eux et les choses, entre Dieu et eux. Pour éviter que cette confusion ne les piège, il leur faut désormais travailler, c'est à dire peiner, la peine étant ce qui permet de distinguer et de sortir du tohu bohu, du désordre.

C'est parce que nous ne voulons plus penser l'effort ou la peine que contient le travail que nous ne cessons désormais de confondre travail et souffrance. Or comme je l'ai indiqué, il y a antinomie entre l'une t l'autre. La souffrance c'est le subir or il est impossible de travail lorsque l'on souffre.

Travail c'est oeuvrer et agir. L'agir ne peut se confondre avec le subir...

Pourquoi cette confusion ? Précisément parce que l'on ne veut plus travailler en tant que tel car tout travail désormais doit se penser par ceux qui méprisent l'homme de plus en plus par de la souffrance...Ce découragement est plus important à analyser que les questions de budget trop large qui n'est qu'une autre manière d'introduire encore et ecnore de la souffrance dans le travail : celui de tous ceux qui travaillent avec l'Etat ou pour lui, celui de ceux qui travaillent et veulent ensuite profiter de ce qu'ils ont pu "gegner"...Ce discours sur la Grèce/graisse en trop n'est rien d'autre souvent q'une autre manière de faure culpabiliser...

         

 

 

 

   

dimanche, 18 novembre 2012

Culture et culpabilisation

Dans un beau texte, J. Delumeau, poursuivant les intuitions de Freud a montré la place occupée par le sentiment du pêché et de la culpabilisation dans l'Occident entre  le XIIIème et le XVIIIème Siécle : Augustin, Machiavel, Hobbes sont ainsi chacun étudiés dans leurs contextes. Ces auteurs développèrent une vision d'un homme pêcheur et peureux de lui-même.

Il y écrit ainsi :

On aurait pu penser qu’une civilisation – celle de l’occident des XIVème/XVIIème siècles – qui se voyait (ou se croyait) assaillie par de multiples ennemis – Turcs, idolâtres, Juifs, hérétiques, sorcières, etc…- n’aurait pas pris le temps de l’introspection. Apparemment, c’eut été logique. Mais c’est le contraire qui se produisit. Dans l’histoire européenne, la mentalité obisidonale, analysée dans un précédent volume s’est accompagnée d’une culpabilisation massive, d’une promotion sans précédent de l’intériorisation et de la conscience morale. A l’étage collectif nacquit une maladie du scrupule qui s’amplifia par la suite…Une angoisse globale qui se fragmentait en des peurs nommées découvrit un nouvel ennemi en chacun des habitants de la cité assiégée et une nouvelle peur : la peur de soi. Exprimant le sentiment de toute l’Eglise enseignante, le fèvre d’Etaples écrivait …La vie d’un Chrétien en ce monde, quand elle est bien considérée ce n’est qu’une continuelle guerre…Mais le plus grand adversaire qu’il ait point, c’est lui-même. Il n’a rien de si difficile à vaincre que sa chair, sa volonté ; car de sa nature, elle est encline à tous les maux. Dans le même esprit Bourdaloue écrivait : ce n’est point un paradoxe mais une vérité certaine que nous n’avons point d’ennemi plus à craindre que nous-mêmes ; comment cela ? Je suis…plus redoutable pour moi que tout le reste du monde, puisq’ul ne tient qu’à moi de donner la mort à mon âme et de l’exclure du royaume de Dieu…Lefevre d’Etaples et Bourdaloue poussaient à la limite de son sens le texte de Saint Paul qui demandait au chrétiens de se liberer de ses instincts mauvais et de s’élever au- dessus des bas-fonds de lui-même. J. Delumeau, Le pêché et la peur. La culpabilisation en Occident XIII-XVIIIème siècle. Paris, Fayard, 1983, p..8

Cette peur de soi est encore présente de nos jours. Elle est à l'oeuvre dans une logique où la culpabilisation de soi et de l'autre, l'instrumentalisation de la honte y occupe une place centrale. On ne recherche pas ce qui est positif chez l'autre . Le but n'est pas de valoriser les potentiels de chacun mais de sélectionner par le bas en taillant perpétuellement dans la masse, puis dans les sujets....La cause de ceci se trouve certainement dans une forme de meurtre perpétuel et symbolique d'un père que l'on tue sans cesse à travers l'autre...Le coeur de cela se trouve dans la culture. Faut-il partir de l'hypothèse développée par Freud dans son célèbre et excellent livre intitutlé "malaise dans la civilisation" pour en saisir la genèse ? Cette question est à approfondir et mes travaux actuels m'y conduisent.Il faudra certainement à un moment repartir de ce livre majeur pour le réinterroger... sous un angle philosophique et donc pour cela renouer, approfondir les liens que la philosophie du politique entretient avec la psychanalyse.

 

 

lundi, 12 novembre 2012

Vérité et effet de masse

Dans le quasi désert culturel qui caractérise notre époque, certains "intellectuels" régnent en maîtres absolus. Il fut un temps où ces "intellectuels" se prétendaient philosophes, usant de la magie de ce mot pour mieux diriger nos esprits et parfois penser à notre place...Ces temps semblent désormais révolus. Qui écoute ou lit les philosophes aujourd'hui ? C'est l'économie qui est seul maître à bord désormais. L"oracle est économiste...

On me parle parfois d'un succès récent de la philosophie grand public : je n'y crois guère. Je ressens plutôt un recul net de ce que pourrait etre le philosopher.

Faire de la philosophie pour moi, c'est chercher la rencontre avec l'autre, la sortie de la solitude dans le but de dégager le vrai. Socrate l'a dit mieux que moi : le philosophe est celui qui a l'amour de la vérité qui est ami avec elle, au sens où son émergence ne lui fait pas peur...Il est prêt à l'affronter : ce qui ne signifie pas qu'il soit disposé à entendre n'importe quoi de n'importe qui et n'importe comment : que tout peut lui être dit n'importe comment. Celui qui aime la vérité ne doit pas pour autant être pris pour la poubelle de nos âmes, celui sur qui l'on se "vide" pour faire passer une colère.

La logique médiatique semble désormais pousser à l'évitement de ce vrai car celle-ci implique de plus en plus des pensées par "masses" et par "blocs" alors que la vérité est faite de nuances, de complexité et de multiples ouvertures...

Massifier c'est souvent caricaturer, fermer et définir...Alors que le vrai requiert sa dose de non-fini. Il est trop subtil pour se laisser enfermer dans les mots.Il est en lien avec l'ouvert, le silence. Il ne s'accomode ni des modes, ni des masses, ni des mots trop généraux...! 

La pensée par "masses" n'est guère subtile : elle met les hommes et les situations dans des groupes grotesques et énormes : elle enferme un tel dans sa posture de "chef d'entreprise" , tel autre dans celui de "politique", tel autre en tant que "fonctionnaire" ou "chômeur" et elle prétend ainsi saisir ce qui par définition ne peut se laisser enfermer dans le général et l'abstrait qui éloigne du vrai... 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 
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