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vendredi, 03 janvier 2014

Limites et bienfaits de l'empirisme humien

Ah, le cher et grand Hume...Comme il est appréciable de le lire parfois. 

Voilà un homme qui m'est d'emblée sympathique pour la vie qu'il a eu et parce qu'il fut aussi juriste, historien, politique et philosophe...A notre époque cette diagonalité fait rêver.

Notre idée n'est pas ici de tout dire sur sa brillante philosophie mais retenons notamment qu'elle implique et soutient que nos idées viennent de nos impressions. En conséquence, cette belle idée suppose que tout ce qui est en nous provient d'un vécu.

Cet empirisme a de quoi faire penser les rationalistes que nous sommes car elle contredit l'idée cartésienne fort discutable en effet que l'entendement serait infini. Pour Hume l'entendement ou l'esprit est au contraire borné en ses limites, limites qui demeurent celles de notre expérience...Hume a raison de rappeler en effet que tout ce que nous soutenons provient souvent de ce que nous avons vécu. Il suffit d'avoir ou d'être enseignant de philosophie dans le secondaire pour entendre cela continuellement de nos élèves qui en sont persuadés et ils n'ont pas tort. En creux, ils nous disent "eh m'sieur mettez vous un peu à notre place pour nous comprendre...Vous les adultes vous ne le faîtes jamais" (évidemment ils disent cela entre autres).

Voyons cet empirisme a ses mérites, rappelle qu’il est difficile de faire changer d’avis une personne qui a un certain vécu. Le vécu importe et l’on ne peut l’ignorer. Cette école va influencer toute la sociologie en France .

L’empirisme aura également des effets thérapeutiques car comme Hume l’a relevé c’est en partant des impressions premières qu’il devient possible de transformer les idées de ceux qui souffrent. De plus, elle évite la parole de ceux qui parlent sans connaître, de ceux qui parlent de ce qu’ils ignorent. Elle donne une certaine reconnaissance aux anciens car si le savoir vient de l’expérience alors ceux qui ont de l’expérience ont un certain savoir.

Mais l’empirisme pose trois problèmes au moins : l’extrême révérence à l’égard des anciens or tous les anciens n’ont pas toujours mérité. Il y a aussi un savoir de la jeunesse qu’il convient de protéger et de penser,

                                                                         L’illusion sado-masochiste qui fait croire à ceux qui croient aux vertus de l’expérience qu’il faut tout expérimenter et en conséquence ceux là pensent qu’il faut même se faire du mal et faire du mal à autrui pour avancer et apprendre.

                                                                        L'enfermement de l'autre dans une catégorie qui lui fait considérer qu'il ne pourra jamais comprendre ce qu'on lui dit parce qu'il n'a pas vécu ce que nous avons vécu...et le gouvernement de l'autre par la cruelle illusion que l'homme n'est qu'une catégorie alors que c'est un être de sensibilité, d'expérience, de sentiments et de passions.

Cette dernière limite est on ne peut plus problématique à l'heure où la disparité des situations est la règle de notre époque où il n'y a pas qu'un enseignant, un salarié du privé, un chômeur,un gars de banlieue, un élève, un homme politique, un avocat, un médecin,etc...(mais de multiples, certains qui profitent abusivement d'un système, d'autres qui en souffrent, les boucs émissaires, ceux qui servent d'alibis, etc...) et où le gouvernement au plus fin devient une urgence.

Mais c'est ici que l'empirisme redevient une vertu tout de même car il faut avoir "vécu" dans différents milieux pour rejeter les visions dogmatiques qui règnent sur tel ou tel et les préjugés ridicules que les fauteurs de troubles perpétuels nous assènent..pour provoquer les guerres multiples et mettre de la violence dans les relations ou simplement afin de se mettre en scène comme ils savent si bien le faire...

Au-delà de ces limites qu'il faudrait creuser mais dont cet espace ne permet pas le "creusement" pourrions nous dire, il y aurait beaucoup à repenser à nouveau l'empirisme humien et les mérites et vertus de l'expérience en ces temps troublés où le respect de l'ancien s'effrite...

Je ne sais pas si je me suis bien fait comprendre...Bon j'aurai essayé disons.  

 

   

Commentaires

C'est avec un plaisir non feint que je lis cette note sur Hume. Sa compagnie a quelque chose de rassurant pour moi. Sans doute que d'avoir fait mes "classes" avec lui a l'université n'y est pas étranger.

Tu mets très bien en lumière cette difficulté que j'éprouve avec l'empirisme : véritable tentative de simplification du monde en somme, ou tout au moins de notre lecture de celui-ci, et dans le même temps le risque de ne fonder notre action que sur la base de l'expérience vécue ou à vivre. Dictature d'une réalité empirique qui exclurait en fin de compte (y compris dans un moment paradoxal) la possibilité de stopper le mouvement pour ensuite s'éveiller (pour paraphraser Camus et son Sisyphe) et commencer la réflexion avant de retourner au réel empirique.

Comment conjuguer en définitive l'empirisme
Humien pas si éloigné de la pensée stoïcienne par certains aspects et l'exigence de ne pas se laisser absorber par la pure expérience et son potentiel dictat ?

Écrit par : Thomas Dequin | samedi, 04 janvier 2014

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