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mercredi, 23 mai 2012

Eduquer et chercher pourquoi faire ?

L'éducation est désormais une des priorités du nouveau gouvernement. La recherche est également enfin considérée à sa juste place. Toutefois une question m'interpelle. Au-delà des moyens conséquents qu'il convient de mettre désormais dans ces institutions afin de nourrir celles-ci et de sortir ses agents d'une relative misère (pour certains)  et revaloriser des métiers qui sont de plus en plus maltraités (à tous points de vue), une éducation et une recherche pour quoi faire ?

Chacun sait (en philosophie ou ailleurs, en sport aussi me paraît-il) que les acteurs avancent mieux et avec plus de plaisir lorsqu'ils savent où ils leur faut aller et lorsqu'ils sont considérés ou lorsqu'ils ont le sentiment du respect et de la considér.ation. Tout bon enseignant n'ignore pas cette vérité première. Il m'a été donné plus avant d'évoquer cette question de "valorisation"mais qu'en est-il des fins et du pourqouoi de l'école et de la recherche ?

A quoi se doivent de servir ces institutions ?

Le but assigné à l'école et à la recherche semble assez peu évoqué à tout le moins dans les différentes publications qui sont venues à ma connaissance tout récemment et qui provenaient de nos responsables politiques nouvellement nommés ou élus.

Jules Ferry a été honoré (au moins pour son oeuvre pédagogique). Nul ne peut à mon avis se plaindre de cette louagne méritée.L'école de la IIIème République a accompli une belle oeuvre et participé au redressement moral et culturel de la France et de l'Europe à n'en pas douter. Toutefois, l'école d'aujourd'hui ne se trouve plus en face des mêmes défis que ceux auxquels dut faire face la IIIème République.

Marie Curie a  également été à l'honneur. On ne peut que s'en réjouir et notamment également parce qu'elle fut femme et étrangère en terre d'exil.En ces temps de honte pour les rapports que (tous) les peuples entretiennent avec l'étrangeté et l'étranger. Ce geste est un symbole fort. Toutefois, toutefois...La recherche n'a plus aujourd'hui à faire face à des défis qui ressemblent à ceux que Marie Curie et les siens durent affronter.

Une première remarque s'impose au préalable et avant de répondre à cette question de la finalité. Ces deux ministères et ces deux institutions s'ignorent le plus souvent. Il est même assez mal vu lorsque l'on est enseignant du secondaire de se consacrer à la recherche. Les travaux des enseignants du secondaire en termes de recherche ne sont jamais, jamais valorisés. Nous vivons encore sur la désuéte différence entre agrégés et certifiés qui ne représentent plus rien (au moins dans les matières littéraires et en sciences humaines. J'ignore ce qu'il en est ailleurs à dire vrai).

Les coopérations entre les écoles, grandes ou petites et les universités sont de même totalement (ou sauf quelques rares exceptions) innexistantes.

Avant de s'interroger sur les fins. Il semblait important de dire quelques mots sur ces liens absents. Mais il convient de poursuivre...

Un politique a écrit ou dit un jour qu'il voulait des chercheurs qui trouvent et non des chercheurs qui cherchent. J'ai toujours pensé que cette phrase avait sonné (en partie) le glas de la recherche française...Mais comment ? Sais-t-on seulement ce qu'est un chercheur ? Un chercheur n'a pas à trouver nécessairement...Sa démarche, son travail de chercheur constituent déjà à eux seuls une oeuvre et un geste qui doit avoir des effets sur la cité et sur la cité scolaire également...La recherche doit donc être développée et (enfin!) honorée car elle repose sur cette idée (si chère à Aristote et aux philosophes dignes de ce nom) de l'importance de la dé-libération, de l'analyse....de l'aventure intellectuelle et de l'ouverture qui est propre à l'esprit.

D'ailleurs cette ouverture n'est pas si éloignée que cela de l'école car école est la traduction du mot grec "skolé" qui signifie "loisir"...Pourquoi ? Peut-être parce qu'Aristote, lointain ancêtre de nos "écoles" puisque sa philosophie (celle du Lycée) a donné son nom à l'une des principales institutions scolaires écrviait dans le Politique (VIII. 3.1137 b. 30)

Le but principal de l'éducation : devenir apte à une vie de loisir.

Si en effet, il faut les deux, il vaut mieux choisir la vie de loisir que la vie laborieuse et il convient de rechercher comme but ce qu'il est nécessaire de faire dans cette vie de loisir..

Tout est dit ou plutôt écrit...Chercher, aller vers le loisir. Ecole et recherche doivent donc marcher en lien...Mais qu'est ce donc que le loisir ? J'ai tendance à penser (un peu avec Pascal) que ce n'est pas le divertissement que l 'on cherche  à nous vendre à tout bout de champ. Enfin, plu exactement, le loisir ne se "résume" ou "réduit" pas à cela.

Mais qu'est ce ? Optons ici pour une liberté avec plaisir. Une liberté dans le plaisir et le plaisir d'être libre. Le loisir est une liberté heureuse pour reprendre le titre d'un texte récemment paru...L'école et la recherche doivent-ils apprendre la liberté heureuse ? Pourquoi pas ? Cet objectif pourrait être affiché dans nos écoles et constituer le guide qui servirait ensuite de référence, de principe directeur aux différentes réformes qui pourraient êre entreprises. Dès lors, la question se pose : peut-il y avoir liberté heureuse sans un métier qui nous convienne et qui nous nourrirait honnêtement ? Peut-il y avoir liberté heureuse sans capacité de réflexion ? Peut-il y avoir liberté heureuse dans une cité malheureuse, etc...

Je fais soudain un rêve (mais ce rêve n'est peut-être pas si éloigné de la réalité, n'avons nous pas désormais un ministre de l'éducation philosophe et un ministre de la recherche issue d'une des villes les plus dynamiques d'Europe en matière de recherche)...résumons ...je fais soudain un rêve : un ministre de l'éducation et un ministre de la recheche qui nous expliqueraient que l'école auraient pour mission de travailler en étroite coopération( partenariat) avec la recherche et une recherche qui aurait pour mission d'en faire de même et l'un et l'autre nous diraient que le but de l'école et de la recherche serait...serait...SERAIT....La liberté heureuse, le loisir...et tout ce qu'implique cette belle oeuvre à construire ensemble. Le changement après tout n'est ce pas maintenant ?

Jean-Jacques Sarfati

Professeur de philosophie. Université Paris Est. Iufm de Créteil.

Juriste et Ancien Avocat à la Cour d'Appel de Paris.

   

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jeudi, 28 avril 2011

Faut-il condamner l’importance prise par la communication en politique ? (Petite réflexion qui se veut éthique sur les rapports du politique et de l’esthétique)


Cessons là tout abus de la communication en politique ! 

En s’exprimant ainsi - ouvertement ou non -  certains semblent désormais nous demander de chasser les communicants de la cité politique. Pour eux, la coupe est pleine.  Devons-nous les suivre sur ce point et exclure la communication de la politique ?

Cette question est d’importance car la communication joue un rôle de plus en plus important dans la politique au point, pour certains de la distordre. Alors faut-il l’exclure ?

Si cette demande vise à critiquer l’emprise contemporaine de ce que l’on appelle la forme sur le fond, si elle vise à fustiger la disparition quasi-complète de l’analyse, du souci réel du juste et du vrai du politique alors la réponse ne peut-être qu’affirmative. Il faut chasser les vendeurs de faux-semblants de l’hémisphère politique.

Un politique n’est, en effet, pas un entrepreneur. Il n’a pas pour mission de vendre. Que ce soit  son image, des savonnettes, des centrales nucléaires ou des armes.

Cette mission revient éventuellement à d’autres que le politique a pour mission de guider, d’élever ou de sanctionner le cas échéant. Le politique est un arbitre et l’arbitre n’a pas à entrer dans l’arène sinon il cesse de l’être pour devenir joueur ou vendeur et peut alors à terme par finir par se vendre lui-même.

Mais cette condamnation peut avoir un autre sens.

Derrière elle peut se profiler la critique de la place trop grande prise par le beau et l‘apparaître au sein de l’être politique. Qu’en est-il de cette autre critique et faut-il alors chasser la préoccupation de la forme et du beau en politique ? 

La réponse a cette question demeure, pour nous, indéniablement négative mais cette négation se doit d’être fortement nuancée. Pour saisir ces nuances et comprendre cette négation, il importe en premier lieu de comprendre les causes généalogiques de ce lien tissé entre communication et politique. Ce lien nous permettra alors de comprendre l’importance prise par cet aspect des choses dans l’être politique. Cette importance exposée nous verrons donc pourquoi il convient de ce fait de ne pas chasser les communicants de la cité politique.


- Des causes généalogiques du lien entre politique, communication et image

Politique et image ont toujours été liées entre elles. La politique est l’art du vivre ensemble et l’image est le produit d’un art qui vise également au vivre ensemble. L’une et l’autre aspirent à des fins similaires. Ce lien est cependant devenu pathologique du fait d’une rupture et d’une distinction qu’il nous faut rapidement, toutes deux, explorer.

La rupture s’est produite à l’âge médiéval, lorsque les cités terrestres et spirituelles ont commencé à être séparées et lorsque Machiavel a fait de la politique, dans le Prince, l’art de conserver ou de prendre le pouvoir.
A ce moment, le politique a cessé de devenir un instituteur du peuple ou  un enseignant chargé d’élever ses contemporains, de les mener au beau et au bien. La politique n’était que l’art du prince et le prince était un être occupé à la seule pensée de la conservation du pouvoir ou de sa conquête.

Le beau s’est  mué en subordonné du politique qui ne visait  lui-même qu’à la construction de subordonnés. Le politique ne s’est plus pensé que comme être destiné à être servi et le beau, comme tout être n‘a eu pour vocation que de le servir. La propagande est née et avec elle l’art officiel. La communication a suivi. Elle n’a été que l’héritier de l’art de cour, de la pensée ou de la beauté asservie à la conquête du pouvoir.
En ce sens rien de nouveau sous le soleil ! La rupture n’a fait que s’élargir pour se constituer en faille.

Cette  rupture n’était elle-même que la radicalisation d’une distinction introduite auparavant à Athènes par Socrate. Certains ont, à tort, accusé Socrate d’être l’inventeur d’une forme de vision esthétique de la politique. La réalité est au demeurant plus complexe.
Socrate demeure plus exactement le maître de la distinction entre beau moral et beau physique et le doctrinaire de l’asservissement de la seconde par la première. Il n’est certes pas, comme Machiavel, l’homme de la rupture mais il a permis de la préparer même s‘il ne souhaitait pas le machiavélisme .
Cette distinction s’est exprimée avec force dans le Phèdre. Socrate souhaitait, dans ce dialogue, contredire le sophiste Lysias qui avait soutenu qu’il ne fallait pas aimer ceux qui nous aimaient et donc qu’il ne fallait pas être amoureux de l’amour.

Socrate contesta cette thèse. Pour lui, il convenait d’aimer le beau physique car celui-ci préparait au beau moral qui devenait lui-même propédeutique à la contemplation du beau divin. Sous couvert d’une progression, cette thèse marquait en fait la régression qui conduira à la rupture machiavélienne et à la situation post-moderne contemporaine.

En effet, lorsque vous soutenez que le beau physique prépare au beau moral vous subordonnez l’un à l’autre. Vous préparez donc la domination de l’un par l’autre et facilitez la construction du chemin qui mènera à l’utilisation de l’esthétique par le politique. Ce faisant vous rendez également ce beau physique indispensable pour conduire au beau moral et ainsi  vous faîtes de l’image l’un des vecteurs subordonnés mais nécessaire du politique.

De l’importance de l’image pour la politique à la communication il n’y a qu’un pas et nous l’avons aisément franchi.

Notre pensée politique est post-moderne. Elle s’est d’ailleurs structurée à partir de la pensée platonicienne. Il ne faut donc pas s’étonner de la prégnance actuelle de la communication sur la politique. Celle-ci s’est constituée dès que la philosophie politique occidentale s’est construite et ce avec Socrate en subordonnant la découverte du beau moral à la contemplation sensible du beau physique et en oubliant que l‘un et l‘autre n‘était que les deux faces d‘une même réalité  : celle du beau.

Reste une question : pourquoi l’image demeure -t-elle si importante de nos jours et pourquoi cette importance est-elle contestée ?

- De l’importance d’une présence de la communication et d’une contestation de cette présence

Deux causes expliquent la raison d’une émergence ainsi que la critique de celle-ci.

- La première est analytique. Mise en évidence de l’importance prise par une notion et critique de cette importance sont analytiquement et intimement liées entre elles. En effet, dès que je met en exergue un concept ou une chose , je le distingue afin d’exprimer une gêne.  Le lien entre mise en évidence et contestation est donc intimement étroit.
Lorsque Socrate introduit, dans le Phèdre et, comme nous l’avons noté, la dépendance de l’esthétique par rapport au politique, il la critique conjointement en réclamant, au fameux livre X de la République, de chasser les artistes - fauteurs d’image et futurs ancêtres de nos communiquants - de la cité.

Socrate est, en effet, le défenseur de l’intelligible plus que le penseur du sensible.

De nos jours cette mise en évidence et la contestation réapparaissent fortement car ces deux postures ont toujours été ancrées dans notre conception du politique. Il n’y a ici que resurgissement en acte d’une donnée qui était présente de manière permanente en puissance dans nos modes de fonctionnement politique ordonnés autour de la rupture et de la distinction . Nous avons toujours pensé l’esthétique comme subordonnée au politique et nous avons - en même temps par la même - toujours rejeté ce lien de subordination. Aujourd’hui critique de la place de l’image dans le politique et importance de cette image reviennent en force. Pourquoi ?


-La seconde raison de notre situation contemporaine est plus conjoncturelle. L’égarement causé par la rupture machiavélienne est arrivée à son paroxysme et ne contente plus personne mais dans le même temps personne ne sait quoi lui substituer. De fait, vivant la politique comme le simple instrument du pouvoir et ne voyant donc celle-ci qu’en égaré nous procédons comme tous les égarés : nous nous attachons à tout ce qui brille mais en même temps nous en souffrons.

En effet, la rupture machiavélienne évoquée plus avant et qui a constituée la modernité est devenue la faille gigantesque d’une post-modernité en crise car, non seulement notre pensée politique est demeurée profondément machiavélienne mais en même temps celle-ci a cessé de l’être et de croire à ce qu’elle croyait, vivant dès lors dans la peur, l’égarement et la colère envers nous-mêmes : nous voyant en simples touristes de la modernité et anxieux de ne pas lui avoir trouvé de successeur.

En conséquence, comme les touristes un peu effrayés qui cherchent un chemin, comme les égarés politiques que nous sommes, nous allons vers tout ce qui brille et nous semble reposant. Le communicant l’a compris. Il a réussi à convaincre nos politiques et ceux-ci utilisent ses moyens à outrance pour conserver ou acquérir le pouvoir.

Cependant, comme nous ne sommes plus tout à fait modernes et sommes devenus des touristes inquiets de l’être et convaincus qu’il convenait de vivre autrement (nos indignations désordonnées, notre intérêt pour l’écologie le démontrent), dans le même temps, nous sommes également critiques à l’égard du machiavélisme et nous critiquons tout ce qui touche à l’égarement qu’il provoque et que nous ne supportons guère plus. Nous sommes dans le tiraillement et c’est ici que se noue ce que nous ne cessons d’appeler une crise et qui est la figure d’un déchirement.

L’omniprésence de la communication en politique et la critique de cette omniprésence ont donc parties liées. Ils ne sont que l’une des manifestations de ce déchirement.

Critique et omniprésence sont les fruits de l’égarement post-moderne qui a fait ressurgir une tendance qui était fortement ancrée en nous.  Faut-il dès lors et de ce fait, se placer du côté des laudateurs ou du côté des thuriféraires des communicants ?
Faut-il avec Platon, chasser les communicants de la cité ? Il convient , sur ce point , de raison garder et ainsi de maintenir un lien sans pour autant lui être subordonné.


- Des raisons d’un lien à maintenir sans pour autant en être dupe.

L’intérêt contemporain de nos politiques pour la chose « communication » est reliée à la critique qui est faîte de ce lien. Nous l’avons noté dans le premier moment de ce texte en étudiant les causes philosophiques de la situation contemporaine.  Critiquer ne servirait donc à rien puisque ceux qui critiquent sont liés à ceux qui louent.

L’intérêt actuel de nos politiques pour la communication reste également la prise de conscience chez eux d’un lien entre esthétique et politique. En allant vers les communicants, ils prennent ainsi conscience du fait que la politique n’est pas le seul outil du pouvoir. Une porte s’entrouvre dans un horizon qui était autrefois clos par le machiavélisme et ils découvrent que la politique ne vise pas qu’à la conquête du pouvoir. Ils se rendent à l’évidence qu’elle semble  reliée à quelque chose qu’ils ne distinguent certes pas mais cette prise de conscience d’un lien demeure une découverte d’un autre possible, l’hésitation vers l’entrée dans un chemin qu’il convient d’accentuer et d’encourager.

Cette envie de communication demeure recherche d’un tout que l’on appréhende comme tel. Le politique, par le communicant qu’il interroge, prend indistinctement conscience du fait que  beau moral et beau physique ne sont pas distincts.  Il prend conscience du fait qu’ils sont peut-être l’expression d’un même tout et se mettent ainsi sur un chemin plus ouvert et dont il ne faut pas les dissuader.  Faut-il pour autant pousser à la raison politique communicante contemporaine ?

Certainement pas.

Ce qui est dommageable, en effet, dans cette démarche est qu’elle est le fait d’être égarés. Elle risque donc d’être égarante. Elle demeure incomplète et n’est pas accompagnée d’une réflexion plus profonde sur les rapports entretenus entre le politique et l’image, le beau politique et le beau physique.

Ce retour vers le tout est donc aveugle. Il n’est pas conscient et risque à terme de dissimuler la cité au profit de l’intérêt de quelques uns et notamment des communicants eux-mêmes. L’hésitation des politiques vers ce chemin peut accentuer l’égarement et faire ainsi de nous des proies faciles.

Pour l’éviter, il ne faut donc pas céder aux sirènes de ceux qui condamnent et qui sont tout autant aveugles. Il faut ouvrir les yeux et rappeler quelques principes et notamment les rapports qu le beau et le beau moral et politique nouent entre eux.

Il convient alors de rappeler qu’aucun n’est dépendant de l’autre ni subordonné. Chacun évolue au cœur d’une même circularité. L’un et l’autre exprime quelque chose de libre et le libre n’est dépendant de rien. Il mène à la liberté. Ils se nourrissent mutuellement.

La beauté physique nourrit la beauté morale et ce de manière circulaire et inversement proportionnée sans doute. En travaillant le beau physique, je retrouve le beau moral et en travaillant le beau moral je retrouve le beau physique. L’un et l’autre sont deux entrées, deux portes distinctes mais qui mènent à une même cité. Les cités ne sont pas disjointes. Il n’y en a qu’une.

Il ne faut certainement pas exclure les communicants de la cité mais se dire simplement qu’ils ouvrent sur une cité et c’est elle qu’il faut explorer, c’est elle que le politique sert et non l‘inverse.


En conclusion : faut-il chasser les communicants de la cité ?
Oui s’ils pensent que leur porte est la seule qui mène au politique et s’ils considèrent que la politique doit se faire dans l’oubli de la cité pour la simple conquête du pouvoir ou pour le simple souci d‘eux-mêmes ou du pouvoir de leurs clients.
Non, s’ils ne sont qu’une porte qui ouvre et nous rappelle l’existence d’un tout relié dont le politique est l’outil et qu’ils servent  : la cité qui n’est elle-même que l’outil qui doit permettre expression de ce qui est pleinement et en toute beauté.


Jean-Jacques Sarfati
Professeur et docteur en philosophie

23:41 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (2)

lundi, 04 avril 2011

NAISSANCE DE LA TYRANNIE CHEZ PLATON

J'aimerais ici rappeler comme la "tyrannie "apparaît pour Platon dans la République.

Ce dernier attribue la « naissance » du despotisme à une transformation dans l’esprit même de l’homme démocratique - ivre de désirs et d’égalitarisme- qui finit par confier le pouvoir à des individus qui en viendront à le gouverner et le rendre esclaves .En effet, née en vue de l’égalité, la démocratie transforme rapidement ce projet en une « ivresse » égalitariste. Elle favorise l’émergence d’un homme démocratique, « bigarré » et qui ne sait plus « hiérarchiser » ses désirs. Elle installe une société qui égalise toutes les valeurs en ignorant les êtres d’exception et de valeur. Celle-ci crée alors, à son insu, un véritable esclavage : celui du désir. Et dès lors, indique Platon « l‘excès de liberté doit aboutir à un excès de servitude et dans l‘individu et dans l‘Etat » . (1)

Ce désir incontrôlé finit par faire peur aux riches qui craignent un nouvelle révolution. Ils prennent la parole devant le peuple et décident d’employer «tous les moyens qui seront en leur pouvoir » afin de gouverner celui-ci et le dominer en l‘abusant, en lui faisant progressivement perdre tout sens critique. Dès lors, affaibli intellectuellement - ou par d’autres biais- incapable de bon jugement « le peuple finira par prendre l’habitude de mettre à sa tête un homme dont il nourrit et accroît la puissance» (2).

Cet oligarque finira par s’enivrer peu à peu de son pouvoir. Dans les premiers jours de son pouvoir, il flattera les pauvres et les riches. Mais très rapidement, tel un loup, il ne saura «  s’abstenir du sang des hommes de sa tribu…Les accusant injustement et les traitant devant les tribunaux…Il fomentera alors une sédition contre les riches » (3) pour réduire leurs pouvoirs. Ceux-ci, finalement alertés, chercheront à comploter afin de le faire disparaître. Mais ce dernier décidera de s’entourer d’une garde rapprochée puis s’octroyer le pouvoir absolu et se protéger.

En fait, le tyran, nous rappelle Platon : « dans les premiers jours, sourira et fera bon accueil à tous ceux qu’il rencontrera, déclarera qu’il n’est pas un tyran, promettra beaucoup et en particulier en public, remettra des dettes, partagera des terres au peuple et à ses favoris, affectera d’être doux et affable envers tous…Mais ensuite il suscitera des guerres pour que le peuple ait besoin de guerres…et pour que les citoyens appauvris par les impôts soient obligés de songer à leurs besoins quotidiens et conspirent moins contre lui….ou pour que certains, qui ont l’esprit trop libre pour lui permettre de commander, puisse se faire tuer en étant livré aux coups de l’ennemi ». (4).

Il se comportera alors comme le mauvais médecin car alors que le bon fait « disparaître ce qu’il y a de mauvais en laissant ce qu’il y a de bon : lui fera le contraire ». (5) . Il videra peu à peu la cité de ses meilleurs éléments, pour mettre au contraire en évidence ceux qui sont de piètre qualité morale et intellectuelle.

 

(1) République (564a).

(2) République (565d).

(3) République (565d)

(4) République (566d-567c).

(5) République 567 c.

23:16 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 15 décembre 2008

Vérité et despotisme

Dans son beau texte, "vérité et politique" Arendt nous rappelle que la vérité est despotique. Elle est indiscutable en ce sens qu'elle est et qu'il est difficile de l'ignorer. Il est impossible, par exemple, de nier que nous traversons actuellement des temps difficiles (en termes de météo s'entend). Or, Arendt "retourne"ensuite son affirmation pour nous rappeler que c'est précisément ce caractère despotique qui fait la force de la vérité. En effet, les despotes la craignent. Ils n'aiment pas la vérité. Ils préfèrent la taisance, la propagande, le secret, la non discussion, le non échange, la division. En effet, la vérité est là. Elle peut parfois s'opposer à eux or ils n'aiment pas ce qui peut s'opposer à leurs désirs.

 

21:15 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 18 novembre 2008

La cité et les belles actions

Pour Aristote, la cité doit être organisée pour les belles actions. Elle doit être pensée dans ce but....Nous vivons ensemble pour cela. On a bien oublié ce projet. Les penseurs modernes des Lumières nous ont soutenu que nous vivions ensemble pour avoir la sécurité et la liberté. Hobbes quant à lui soutenait que seule la sécurité importait...Quelle regression....Pourquoi avons nous oublié le pourquoi de nos villes et de nos cités ?  Certains me soutiendront que la cité n'a rien à voir avec la vie politique contemporaine . Et pourquoi donc ? Qu'est ce qui justifierait une telle différence? Le nombre m'expliquera-t-on....Je n'y crois guère. Le nombre n'a rien à faire dans tout cela et au contraire, le "grand nombre "n e fait qu'augmenter la possibilité de trouver un plus grand nombre de citoyens capables de belles actions et d'autres susceptibles de les apprécier...

22:32 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (1)

 
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